Thème du tiers inclius: L’hypnagogie
Antagonismes en interaction: Entre Éveil ~ Sommeil
« L’hypnagogie (ou état hypnagogique) désigne l’état de conscience intermédiaire, une zone de transition, entre l’éveil et le sommeil.
Période juste avant de s’endormir, souvent caractérisée par une relaxation profonde et des phénomènes sensoriels uniques. »
« HYPNAGOGIES »
Entre veille et sommeil
un territoire sans nom.
Nicolas Lefeuvre

Depuis six ans, je l’habite.
Je l’ai noté, esquissé, préservé. Ce sont des images hypnagogiques, ces visions qui surgissent au seuil de l’endormissement, ni tout à fait rêves, ni tout à fait réalité. Des lignes qui vibrent dans l’obscurité. Des lueurs, des flashs brefs comme des courts-circuits. Des fils électriques tendus dans le noir. Des ruelles étroites, des passages, des seuils. Et sous tout cela, une sensation physique: bitume mouillé, poussière chaude, asphalte après la pluie. Un monde qui se dérobe au moment même où il apparaît.
Ma quête n’a jamais cessé d’être intérieure. Depuis Landscapes, The State I’m in, Self Archeology, je cherche à retranscrire ce que j’appelle des photographies mentales : ces instants de conscience aiguë où l’environnement traverse le corps autant qu’il se donne aux yeux.
Des moments qui incorporent des odeurs, des sons, des émotions, les états dans lesquels je me trouve.
Des architectures intérieures, autant que géographiques. Avec cette nouvelle série, cette recherche descend plus profond encore, sous le seuil du conscient, dans la zone poreuse qui sépare la veille du sommeil.
Ces images hypnagogiques ont une mémoire. Elles portent en elles des souvenirs enfouis, des situations vécues, des symboles gravés en moi dont je ne cherche pas à forcer le sens. Je ne suis pas là pour les analyser, les résoudre, les psychanalyser. Je suis là pour les prolonger, les arracher à leur fragilité nocturne et les inscrire dans la matière.
Tout est réfléchi, planifié, équilibré, et précis. La seule improvisation sera celle de l’accident, celui de l’encre posée en couches successives sur le papier, transparence après transparence, qui laisse apparaître ce qui était caché plutôt que de le recouvrir. Sur de grands formats, depuis un fond sombre et dense, les formes émergent lentement. Les lumières tiennent leur promesse. Les lignes, ruelles, fils, passages, … prennent corps. Ce qui était fugace devient réel.
Je joue avec l’encre pour faire ressortir les ombres et la lumière d’une manière abstraite qui exprime des instantanés mentaux. Ici, ces instantanés sont nocturnes. Ils appartiennent à cet espace intermédiaire où le contrôle lâche, où les images se forment sans être convoquées
Les dessiner, c’est continuer le songe là où il s’était interrompu. C’est aussi lui donner un corps, un papier, une encre, une échelle, pour qu’il existe au-delà de moi.
C’est enfin tendre une invitation : entrer dans ces espaces obscurs et lumineux à la fois, laisse résonner ce que chacun y reconnaît sans tout à fait savoir pourquoi, et poursuivre, à son tour, ce voyage.
Nicolas Lefeuvre
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Nicolas Lefeuvre
Nicolas Lefeuvre est né à Rennes, en France, en 1975.
Après des études aux Beaux-Arts de Rennes, il est diplômé en 2000 de l’École Camondo à Paris, où il obtient un diplôme en architecture et en design.
Il voyage ensuite en Asie et ouvre, en 2001, un studio-galerie de design à Singapour.
En 2004, il devient directeur artistique de Chanel à Tokyo, puis à Hong Kong, tout en poursuivant parallèlement son travail de peintre.

C’est à l’encre et à l’acrylique, à travers des paysages et des architectures mentales, que l’artiste structure son style.Utilisant principalement des pigments, il peint avec des objets du quotidien provenant des pays qu’il traverse : kimonos, chaussures japonaises, dés de mah-jong…
Errant dans des paysages à la fois lumineux et abyssaux, son travail revient crée une dimension intérieure partagée où se manifestent la puissance de la mémoire et les interférences sensorielles, un lieu où l’image ne représente plus, mais agit.
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