Thème du tiers inclus: La parole sauvage
Ni contingence sociale, ni contrainte morale, ni cadre sociétal
Le site tiersinlclus.fr publie quelques vers de Je suis une ourse,
de Mahaut d’Arthuys*.
ces mots qui l’ont menée de l’autre côté du miroir de l’inceste.
***
« Pour moi, la parole sauvage est primordiale, jure-t-elle.
Elle est directement reliée à l’âme,
s’extrait de toute contingence sociale, contrainte morale ou cadre sociétal.
Au quotidien,
je me prononce toujours vis-à-vis de quelqu’un, je choisis mes mots.
La parole sauvage,
elle,
n’a pas de formation rationnelle, de syllabes et de son.
Elle est corporelle et très mouvementée, déconstruit nos idées de cohésion,
d’une pseudo-harmonie
C’est un moyen d’élévation, un état d’être. »
*
Mahaut d’Arthuys
La parole sauvage
extrait de
Je suis une Ourse*

Je viens d’un monde
Violent
Issue de viol, d’inceste
Je viens d’un monde où les femmes
Consentent
Acceptent la domination
Et se taisent
Je viens d’un monde où les hommes
Mentent
Racontent des légendes dont ils sont les héros
Bâtissent des générations autour d’un secret
Je viens d’un monde où les illusions font foi
Je viens d’un monde où l’inconscient est plus épais qu’un brouillard écossais
Je hurle seule dans le noir
Et crie le reflet du faux
La folie
Personne ne me croit personne ne m’entend
On me fait taire
Je suis l’enfant non reconnue
Je viens d’un monde où le combat prend place au cœur de l’être profond
Mon essence remise en cause
Foi en une religion grimaçante et perverse
Je transforme cette solitude en force de vie
En indépendance
Je suis femme dans le monde
Pensées cœur et guérisseuse
Je ne laisse plus personne ne pas me respecter
Je suis le calme, l’apaisement, la tempérance

Je suis une petite fille violée
Je suis une petite fille violée et corrigée à coups de ceinture
Dans la pièce dérobée à l’arrière de la chambre de mes
Pères et Mères
Assassinée dans ce qu’elle a de plus beau, de plus intime et singulier
Son expression de vie mise au tapis
Que se passe-t-il à l’intérieur de vos maisons flamboyantes?
Le savez-vous?
Derrière vos fenêtres aux verres soufflés
Sur lesquelles des petites bulles explosent
Métaphore de mes mémoires enfouies
Qui confondent les jours les semaines les années,
Qui n’ont pas de frontières
Dans mon corps et mon cerveau
Cartographie d’une programmation orchestrée

Terreur nocturne
Un petit rire jaillit
Malgré lui
Immense dans cette chambre
Il foudroie le silence
Les Grincements sur le parquet marqueté saisissent toute ma peau
Les poils hérissés j’entends l’orage d’un corps adulte bouillonnant
Sans concession sa grosse voix tonitruante vibre mon corps minuscule
Jusque dans les tripes chaque particule en moi tremblent
Son grand corps nu et furibond, sexe logé au milieu des poils
Mon échine est glacée
Toutes retenons notre respiration
Sidérées et sans voix
Le corps s’éloigne ainsi que la menace
Réside la terreur
Mes yeux brillants ouverts dans le noir coulent
Au loin on appuie sur l’accélérateur d’une voiture de luxe du Bd St Germain
…
* Extrait de Les hommes de la rue du Bac, Willy le Devin, Ed. JC Lattès, p. 213-216.
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