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Mahaut d’Arthuys Je suis une petite fille violée

By | 2026-06-27T09:28:49+02:00 25 août 2026|Littérature, Société|0 Comments

Thème du tiers inclus: La parole sauvage

Ni contingence sociale, ni contrainte morale, ni cadre sociétal

 

 

Le site tiersinlclus.fr publie quelques vers de Je suis une ourse,

de Mahaut d’Arthuys*.

ces mots qui l’ont menée de l’autre côté du miroir de l’inceste.

 

***

 

« Pour  moi, la parole sauvage est primordiale, jure-t-elle.

Elle est directement reliée à l’âme,

s’extrait de toute contingence sociale, contrainte morale ou cadre sociétal.

Au quotidien,

je me prononce toujours vis-à-vis de quelqu’un, je choisis mes mots.

 

La parole sauvage,

elle,

n’a pas de formation rationnelle, de syllabes et de son.

Elle est corporelle et très mouvementée, déconstruit nos idées de cohésion,

d’une pseudo-harmonie

C’est un moyen d’élévation, un état d’être. »

 

*

 

Mahaut d’Arthuys

La parole sauvage

 

extrait de

Je suis une Ourse*

 

 

Je viens d’un monde

 

Violent

Issue de viol, d’inceste

Je viens d’un monde où les femmes

Consentent

Acceptent la domination

Et se taisent

Je viens d’un monde où les hommes

Mentent

Racontent des légendes dont ils sont les héros

Bâtissent des générations autour d’un secret

Je viens d’un monde où les illusions font foi

Je viens d’un monde où l’inconscient est plus épais qu’un brouillard écossais

Je hurle seule dans le noir

Et crie le reflet du faux

La folie

Personne ne me croit personne ne m’entend

On me fait taire

Je suis l’enfant non reconnue

Je viens d’un monde où le combat prend place au cœur de l’être profond

Mon essence remise en cause

Foi en une religion grimaçante et perverse

Je transforme cette solitude en force de vie

En indépendance

Je suis femme dans le monde

Pensées cœur et guérisseuse

Je ne laisse plus personne ne pas me respecter

Je suis le calme, l’apaisement, la tempérance

 

 

 

Je suis une petite fille violée

 

Je suis une petite fille violée et corrigée à coups de ceinture

Dans la pièce dérobée à l’arrière de la chambre de mes

Pères et Mères

Assassinée dans ce qu’elle a de plus beau, de plus intime et singulier

Son expression de vie mise au tapis

 

Que se passe-t-il à l’intérieur de vos maisons flamboyantes?

Le savez-vous?

Derrière vos fenêtres aux verres soufflés

Sur lesquelles des petites bulles explosent

Métaphore de mes mémoires enfouies

Qui confondent les jours les semaines les années,

Qui n’ont pas de frontières

Dans mon corps et mon cerveau

Cartographie d’une programmation orchestrée

 

 

 

Terreur nocturne

 

Un petit rire jaillit

Malgré lui

Immense dans cette chambre

Il foudroie le silence

Les Grincements sur le parquet marqueté saisissent toute ma peau

Les poils hérissés j’entends l’orage d’un corps adulte bouillonnant

Sans concession sa grosse voix tonitruante vibre mon corps minuscule

Jusque dans les tripes chaque particule en moi tremblent

 

Son grand corps nu et furibond, sexe logé au milieu des poils

Mon échine est glacée

Toutes retenons notre respiration

Sidérées et sans voix

Le corps s’éloigne ainsi que la menace

Réside la terreur

Mes yeux brillants ouverts dans le noir coulent

Au loin on appuie sur l’accélérateur d’une voiture de luxe du Bd St Germain

 

                                 …

 

* Extrait de  Les hommes de la rue du Bac, Willy le Devin, Ed. JC Lattès, p. 213-216.

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