//Le lustre « Crossing light » Entretien avec Régis Mathieu son créateur

Le lustre « Crossing light » Entretien avec Régis Mathieu son créateur

By | 2026-10-09T10:40:30+02:00 15 octobre 2026|Art|0 Comments

Thème du tiers inclus : Crossing Light

Antagonismes en interaction : Entre matériel et immatériel, entre espace et temps, entre lumière et reflet, entre réel et imaginaire, entre présent, passé et devenir, entre haut et bas, dessous et dessus, entre tangible et spirituel

 

LUSTRE « CROSSING LIGHT »
« CROSSING LIGHT CHANDELIER »
Diam 90 cm – Hauteur et inclinaison réglables
Inox poli et bougies Mathieu Lustrerie

–  Je suis le lustre de la réflection* : je voudrais vous faire réfléchir sur l’impossibilité de mettre des bougies traditionnelles vers le bas et la réflection de ces dernières vers le haut.

–  Je suis un grand disque d’inox, supportant deux bougies antagonistes. Grâce à ma réflection, lorsque vous êtes assis, vous en voyez trois…

–  Je vous laisse le choix de mon inclinaison : vous pouvez choisir l’angle que vous voulez, en saisissant l’un de mes côtés.

–  Je suis né durant la campagne de restauration de la galerie des glaces du château de Versailles, lorsque Régis Mathieu créa sa célèbre bougie mais ne voulait pas la réserver à un contexte historique. Avec beaucoup de modernité, je n’en reste pas moins un lustre aux chandelles.

 

* Nous utiliserons le néologisme « réflection » en signifié d’action de réfléchir la lumière pour le distinguer de réflexion, action de réfléchir par la pensée.

 

***

La Lustrerie Mathieu (ou Mathieu Lustrerie) est une manufacture d’exception de renommée internationale spécialisée dans la création, la réédition et la restauration de lustres d’art.

Situé à Gargas, au cœur du Luberon (Vaucluse), cet atelier d’artisanat d’art fondé en 1948 est labellisé «Entreprise du Patrimoine Vivant ». Il incarne l’excellence du savoir-faire à la française au service des plus grands monuments nationaux et mondiaux.

Un savoir-faire unique et historique

  • Une histoire de famille : Fondée juste après la Seconde Guerre mondiale, l’entreprise est dirigée depuis 1992 par Régis Mathieu, le fils du fondateur. Accompagné d’une vingtaine de compagnons hautement qualifiés, il perpétue et sublime des techniques ancestrales qui égalent ou dépassent le niveau d’exigence des maîtres lustriers du XVIIIème siècle.
  • Des chantiers prestigieux : L’atelier restaure et façonne des pièces gigantesques en bronze et en cristal de roche pour des lieux iconiques comme le Château de Versailles, l’Opéra de Monte-Carlo, le Kremlin, et a activement participé à la restauration des lustres de Notre-Dame de Paris.
  • Entre tradition et modernité : En plus de la restauration patrimoniale, la Lustrerie collabore avec le monde de l’art contemporain et de la mode, en façonnant notamment des pièces sur mesure pour les défilés de haute couture (comme Yves Saint Laurent). Régis Mathieu est également un passionné de mécanique, mêlant parfois l’art de la lumière à des expositions de voitures de collection (comme les modèles sportifs de la marque) dans ses locaux.
  • Les ateliers de Gargas (Vaucluse). Le site de production, installé dans une ancienne usine d’ocre en Provence, s’étend sur 5 000 m² et abrite un musée, les ateliers et une salle d’exposition

 

 

Crossing Light

Entre espace et temps

Entretien avec Régis Mathieu

 

 

1.   Entretien avec Régis Mathieu

 

Régis Mathieu : Notre apport à la recherche sur les lumières nouvelles ne nous a pas menés au royaume des inventions modernes renouvelant le mystère des sources de lumières.

Nous perpétuons – en l’améliorant – l’éclairage séculaire des lustres reproduisant la lumière de bougies et de chandelles. Nos ampoules ont la chaleur d’une flamme, mais une longévité pérenne…

Une brassée de bougies traverse un disque de bronze nickelé flottant dans l’espace, adoptant toutes inclinaisons possibles, livrant un effet de lumière traversant, où les ampoules flammes crées par les ateliers Mathieu se reflètent sans retenue.

Facteur d’économie, ces ampoules « LED » restituent parfaitement la magie des éclairages aux chandelles avec des arguments techniques d’aujourd’hui… sinon de demain.

 

Régis Mathieu : « Il y a quatre câbles : ce câble-là commence ici et finit là, celui-là, commence là et finit là, ce qui fait que vous pouvez modifier l’orientation à la main pour trouver le moment parfait où vous allez voir trois bougies alors que vous n’en avez que deux. Vous allez voir celle-ci en réalité, celle-là en réflection et le bout de la réflection qui se finit en vraie bougie. Mon intention était de perturber la vision en ne sachant pas si quand on regarde à l’intérieur, on voit la vraie ou on voit la réflection de celle du bas. C’est un jeu de réflections. La bougie vers le bas perturbe évidemment la logique d’un lustre classique dont la flamme doit forcément aller vers le haut. »

L’œuvre met en présence deux séries d’éléments sous deux orientations :

 

  •    Une famille de bougies dirigées vers le haut
  •    Une famille de bougies dirigées vers le bas
  •    Chaque bougie de chaque famille a sa correspondante dans le même axe des deux côtés du plan réfléchissant orientable situé entre elles.

 

 

Régis Mathieu : Le miroir ne peut pas aller jusqu’à la verticale : il s’arrête en raison de l’axe commun, faute de quoi un passage de câble serait nécessaire de chaque côté, ce qui rendrait le réglage impossible. Le plan miroir peut aller jusqu’à environ 15 °de la verticale. Au-delà, le reflet potentiel de l’observateur serait perdu.

Lorsque l’angle du miroir atteint cette limite, l’observateur tourne autour du lustre pour que ce reflet apparaisse. Au début, l’œil ne le voit pas, il voit les bougies orientées vers le haut et les bougies orientées vers le bas, on ne perçoit pas immédiatement la réflection.  

 

Si le plan du miroir est horizontal comme dans un lustre classique, on a une bougie vers le haut et une bougie vers le bas. Lorsqu’on s’assoit à table, sous le lustre, apparait la troisième bougie. Les bougies hautes et basses étant disposées dans le même axe, la troisième bougie située au-dessus donne l’impression d’être dans la continuité de celle du dessous. La troisième bougie n’apparait qu’en fonction de la position de l’observateur. Aucun des observateurs, à table, n’aura donc la même vision selon son angle de perspective.

 

 

 

 

Depuis que la bougie existe, on a voulu maximiser sa lumière avec ces jeux de miroir. Le moyen le plus connu ou le plus ancien est de disposer une bougie devant un miroir ou un morceau de métal poli pour voir deux bougies.

Il existait même des miroirs sorcières ou des miroirs angulaires qui faisaient qu’avec une bougie, on obtenait l’effet d’avoir six ou sept bougies.

 

 

Puis en architecture, apparut le miroir face au miroir qui multiplie l’espace à l’infini, comme dans la galerie des glaces à Versailles.

On a toujours eu, dans l’architecture des luminaires, cette notion de créer plusieurs lumières avec une seule, (c’est par exemple la réflection du cristal dans les angles vifs etc…).  Il y a donc toujours ce souhait de créer un peu de magie avec une lumière, on crée la potentielle lumière à l’infini en mettant des miroirs l’un contre l’autre etc…

 

 

C’est la raison pour laquelle de temps en temps, certaines appliques possèdent des miroirs réfléchissants disposés selon certains angles, cela fait que sous un certain angle vous voyez deux bougies, sous un autre angle dix bougies, sous un autre trois bougies jusqu’à presque l’infini.

L’infini, c’est miroir contre miroir, comme dans la galerie des glaces à Versailles où les fenêtres deviennent des miroirs. La nuit, la galerie des glaces reprend les fenêtres en miroir de l’autre côté. La journée, on voit le grand canal et toutes les architectures de Lenôtre ; la nuit on voit les lustres se refléter à l’infini. Garnier a ensuite repris cela à l’opéra Garnier, et dans le salon. C’était un jeu car la lumière coûte extrêmement cher. Elle était un symbole de richesse et on essayait donc de la maximiser. Bien avant la logique d’être ou ne pas être là, on a déjà essayé d’en donner plus et de créer une magie à quelque chose d’unique.

 

L’histoire de la bougie est qu’elle crée une lumière courte dans le temps, elle offre un cadeau à celui qui vient vous visiter, elle procure une émotion au moment où elle est éclairée. Aujourd’hui on a perdu cela car la bougie reste allumée tant qu’on n’a pas appuyé sur le bouton… Il y donc ce jeu de créer un moment unique et magique par cette lumière extraordinaire.

 

C.P: L’impossibilité pour une bougie en cire d’être allumée à l’envers a dû être un phénomène important dans votre démarche créative ?

 

Si je n’avais mis qu’un disque avec des bougies allumées vers le haut, je ne l’aurais pas situé dans la catégorie des « créations ». Je l’aurais quasiment mis dans les productions historiques. Avec les bougies, on peut faire ce que l’on souhaite comme les poser sur un miroir au milieu d’une table, ça n’en fera pas pour autant une création contemporaine.

 

De perturber la lecture en orientant la bougie vers le bas, c’est contemporain. Il se passe quelque chose. C’est comme si je vous faisais marcher sur un miroir et que vous vous voyiez à l’envers au plafond en train de marcher au plafond. C’est là que je l’ai voulue contemporaine.

 

Dans le lustre « Crossing light », la bougie orientée vers le haut était presque celle que je n’étais pas obligé de mettre, j’ai pensé à la bougie vers le bas pour contrarier l’attente et le rendre contemporain. J’ai pensé à la réflection de la bougie vers le bas pour que ce soit joli et qu’on ait l’image (en reflet) de la bougie vers le haut mais qui n’existait pas.

Lorsque j’ai créé ce lustre je me rappelle très bien avoir voulu remettre la bougie vers le haut pour perturber, pour créer la troisième ou plutôt la deuxième réalité qui rendait la troisième irréelle mais réelle.

 

Nous avons créé cette ampoule LED pour le château de Versailles, le tube ressemble à de la cire et la bougie copie parfaitement le halo, la mèche, la couleur de la lumière et la flamme. Lorsque je les dispose sur des lustres classiques, les utilisateurs ont l’impression qu’il s’agit d’une vraie flamme. La mettre à l’envers les perturbe, je les amène à s’interroger : comment ont-ils fait ? Je souhaite que le cerveau travaille alors qu’habituellement, lorsqu’on regarde un lustre, le cerveau ne travaille pas.

 

Pour les luminaires contemporains, c’est autre chose

– La bougie qui ressemble à une vraie bougie et la flamme à une vraie flamme vers le bas crée la première interrogation : que se passe-t-il ?

– La deuxième interrogation est de ne pas savoir s’il y en a deux ou trois, car justement la troisième n’existe pas réellement.

– Réaliser le miroir en inox qui est du métal argenté est aussi un trait d’union avec ces lustres du XVIIIème tellement nobles que la plupart étaient en argent massif. Les lustres de la galerie des glaces et le mobilier étaient en argent massif.

Ces objets furent fondus lors des révolutions et des famines.

 

Cela ramène aussi à la relation entre ces pièces en inox à la fois miroirs et inoxydables et celles en argent massif. Elles étaient à l’époque les objets les plus luxueux car elles portaient la lumière alors symbole de pouvoir.

 

Je suis né lustrier et ai grandi dans une perspective essentiellement historique et classique mais je me suis très vite aperçu qu’à chaque époque, les luminaires furent des créations extrêmement contemporaines.

 

 

La lumière était dirigée vers le haut jusqu’à l’arrivée de l’électricité en 1900 où les lustres purent orienter la lumière vers le bas. Pour la première fois, l’électricité le permettait.

 

Quelque part, je crée ce même jeu avec la bougie en mettant la bougie vers le bas. C’est la bougie du XXIème siècle et non pas la bougie du XVIIIème mais la lumière est respectée.

Le nombre de bougies respecte aussi celui d’un grand lustre du classique et le matériau comme l’inox qui remplace le bronze argenté poli fait que l’on est également dans une tradition classique. De plus, il est réalisé par ces mêmes artisans qui restaurent les monuments historiques mais dans un discours moderne car l’émotion que l’on crée vient de cette interrogation : C’est quoi ce lustre ? Combien y a -t-il de bougies ? Je vous mets au défi de les compter entre celles du dessus, celles du dessous et celles du miroir, c’est compliqué…

 

L’idée est de créer cette émotion en perturbant le discours classique. Ce qui est amusant avec ces lustres contemporains est qu’ils s’intègrent aussi bien dans un décor très contemporain qu’ils le pourraient dans un décor classique : ils ne perturberaient ni la lumière, ni le style de lumière ni les matériaux que l’on peut avoir dans un décor classique.

  

 

Le lustre Abysses reproduisait le même jeu mais abysse présentait un miroir vers le haut et un miroir vers le bas. Je mettais des bougies en haut et des bougies en bas et des bougies sur la table. Lorsqu’on se penchait pour regarder les bougies de la table, les deux étaient mises en abîme. La logique est la même : créer une réflection et quelque chose qui n’existe pas. En posant une bougie sur un miroir, on la voit deux fois. Abysse est le lustre et abîme est la réunion des deux.

 

 

 

 

Quand je mets la même chose au plafond, je ne sais plus si je regarde en bas celle qui est en haut ou l’inverse. Si je regarde la première bougie, elle est infinie, on voit le système haut-bas ~ haut-bas.  Ce qui est amusant c’est que lorsqu’on pose un objet dessus par exemple des lunettes, l’objet disparaît de la table pour retrouver son reflet en dessous et on voit ses lunettes à l’infini descendre à travers la table.

 

 

 

Le lustrier a toujours joué avec le reflet des miroirs, c’est un vieil amour

 

2.   Rappel de la logique du tiers inclus contradictoire :

 

La logique du tiers inclus considère la relation entre antagonismes. Les « polarités » antagonistes peuvent être des éléments, des évènements ou des phénomènes.

Exemples : le beau ~ le laid, le vrai ~ le faux, le bien ~ le mal…  etc…

Lorsqu’une des polarités tend vers l’affirmation , elle « s’actualise », Ipso facto l’autre tend vers la négation : elle « se potentialise » et inversement. Entre ces polarités antagonistes, dans leur relation, apparait une troisième valeur, nommée « tiers inclus », portant en elle-même un certain degré d’actualisation et de potentialisation de chacune des polarités dont elle émane. L’actualisation conduit vers l’identité, en potentialisant la non-dentité, sans que l’une et l’autre ne disparaisse jamais.

Les deux principes fondamentaux de cette logique sont :

–  Les polarités ne sont jamais « absolutisées ». À défaut, on retomberait dans une logique binaire d’opposition sans « dialogue » possible entre les polarités et donc sans possibilité conceptuelle d’actualisation ~ potentialisation de la troisième valeur dite « tiers inclus » située dans « l’entre », c’est-à-dire dans l’écart entre ces polarités.

–  Le tiers inclus n’est lui-même jamais absolutisé. Il est en perpétuel mouvement, porte la contradiction et la dynamique du devenir. D’où le nom de logique dynamique du contradictoire. Les termes de synthèse ou de résultante ne sont pas adéquats car ils fixeraient le tiers inclus.

Il s’agit d’une logique à trois valeurs dont aucune n’est absolutisée, intégralement et exhaustivement radicale. Sa nature diffère de celle des éléments, évènements ou phénomènes dont elle émane.

 

3.   Crossing Light sous l’angle de la logique du tiers inclus contradictoire

 

Les deux familles de bougies sont antagonistes et non absolutisées car leurs positions (haut ~ bas), leurs directions d’éclairage opposées sont variables. Entre elles, est situé un plan-miroir réfléchissant. Les positions aléatoires du lustre et de l’observateur font du reflet une variable aléatoire en continuel mouvement. Ce reflet sera considéré comme l’illustration du tiers inclus dont le degré d’actualisation ~ potentialisation  varie selon ces paramètres. Mais s’il varie pour le spectateur situé sous le lustre, ce tiers varie également pour un observateur fictif qui serait situé au-dessus du lustre, lui aussi  potentiellement soumis aux mêmes paramètres.

 

–  La bougie orientée vers le haut éclaire un parcours ouvert, sans limite matérielle, indéterminé, non assigné à une destination, métaphore du devenir. Le plafond constitue une limite physique, une construciton humaine, mais non une limite symbolique.

–  La bougie orientée vers le bas éclaire une distance limitée. Sa propagation rencontre le sol, une finitude, un monde déjà constitué, métaphore du présent et du passé certes aussi symboliques mais contingentés par la présence inéluctable d’une matérialité.

 

Orientée vers le bas, la bougie de cire traditionnelle s’éteint, elle ne peut éclairer que vers le haut. Elle est lumière naissante, flamme vivante, qui se consume et tend vers son extinction. La bougie LED, quant à elle,  possède des propriétés que la cire interdit : elle peut éclairer dans toutes les directions.

 

L’une porte la finitude, l’autre suspend cette finitude.

 

 

Ainsi, et paradoxalement,

  • si la bougie traditionnelle en cire n’éclaire symboliquement que l’avenir
  • la bougie contemporaine LED peut symboliquement éclairer l’avenir mais également le présent et le passé.

Le miroir situé dans « l’entre » met en relation ces temporalités, il produit une troisième dimension : le reflet, image de lumière qui n’existe que dans l’espace relationnel, qui advient dans l’intervalle, d’une nature différente (par son immatérialité) de celle des éléments (matériels) dont elle émane.

 

  • L’observateur situé en dessous voit donc trois bougies : la bougie orientée vers le bas, son reflet et dans le prolongement de celle-ci l’extrémité plus ou moins longue (selon sa propre position et l’orientation du lustre) de la bougie correspondante orientée vers le haut, vers le devenir, autrement dit, métaphoriquement prolongation de ce qu’il perçoit. Il voit éclairé le présent, le passé et un fragment de l’avenir ( mais non son reflet). Il n’a pas accès à l’insondable reflet de cette dernière alors qu’il existe. Allégoriquement les bougies du haut éclairent l’espace du devenir, les bougies du bas celui du présent et du passé.

Le reflet n’est lui-même jamais absolutisé, il varie selon la position du lustre et celle du spectateur, n’existe pas matériellement, n’est ni l’une ni l’autre des bougies matérielles dont il émane, mais apparait virtuellement comme étroitement lié à l’une et à l’autre, dans la relation entre les éléments matériels de l’œuvre, le miroir, la lumière et le regard de l’observateur.

Il n’est pas une simple inexistence, mais possède en lui une existence phénoménale, émanant des réalités antagonistes, d’une nature différente (immatérielle) de celles dont il émane, à la fois indépendante et dépendante de ces réalités antagonistes matérielles.

 

Même invisible par l’observateur du dessous, le reflet de la série de bougies orientée vers le haut existe

Sa présence virtuelle non conscientisée existe.

 

  • L’observateur ( imaginaire) situé au-dessus verrait  donc également trois bougies : la bougie orientée vers le haut, (fidèle à la fonction de la bougie en cire) ; son reflet, et dans le prolongement de celle-ci, l’extrémité plus ou moins longue de la bougie correspondante orientée vers le bas, vers le présent ou le passé, autrement dit, métaphoriquement origine de ce qu’il perçoit.

 

Mais son reflet  est illimité

 

Il symbolise l’irréalité et l’immatérialité du devenir et porte en lui le mystère de cette irréalité, abyssale dynamique du devenir. Le regard de l’observateur imaginaire du dessus dépasse le point de vue ordinaire. Il pourrait  allégoriquement illustrer ces êtres ou esprits transcendants qui, dans l’histoire de l’humanité ont effleuré ou dépassé les limites du pensable : philosophes, scientifiques, artistes, inventeurs, mystiques, créateurs …

le reflet vertigineux de la lumière devient alors un abîme du possible.

 

 

Il y a donc non seulement antagonisme entre éléments substantiels matérialisés par les bougies LED mais également antagonisme entre reflets tous deux immatériels, insubstantiels, le premier étant le reflet du présent et du passé, certes irréel mais abouti, l’autre tout aussi irréel mais vertigineusement inaccompli.

« Crossing Light » apparait alors comme une création métahorétique (voir article qui y est consacré sur ce même site: https://tiersinclus.fr/la-metahorese-un-souffle-dans-lecart/ ), de l’espace et du temps : non pas trois réalités séparées mais deux polarités lumineuses dont la relation fait surgir une troisième valeur (tiers inclus), troisième espace-temporalité, espace-temps lui-même jamais absolutisé.

Il correspond chez Stéphane Lupasco aux infinis degrés d’actualisation ou de potentialisation des polarités que porte l’état T,  état intermédiaire contenant en lui-même une dynamique s’actualisant conjointe de sa dynamique antagoniste se potentialisant. Chaque degré étant défini par trois paramètres : l’actualisation, la potentialisation et le quantum d’antagonisme.

 

 

Ici tiers inclus, ce reflet des polarités non absolutisées émanant de ces bougies antagonistes porte en lui
l’actualisation, la potentialisation et le quantum d’antagonisme.

 

Distinguons alors  conceptuellement et hypothétiquement ces deux observateurs : l’un du présent ou du passé, l’autre visionnaire ou vaticinateur, cerveau doté d’intelligence inspirée ou prophétique, disposant du reflet vertigineux de la lumière de l’avenir. Serait-ce l’illustration métaphorique des génies ayant ponctué l’histoire de l’humanité ?

 

Sous l’angle métahorétique, on assiste donc par ce lustre « Crossing light » à l’émergence, dans l’intervalle relationnel entre ces deux familles lumineuses non absolutisées, d’une troisième présence n’appartenant matériellement ni à l’une ni à l’autre, mais advenant par l’interaction de celles-ci, leur position dans l’espace et le regard de l’observateur.

La gravité, la combustion et la fonte de bougies traditionnelles en cire l’aurait rendue impossible.

La relation complexe ainsi créée par l’interaction entre tous ces paramètres est rendue possible par la présence des bougies LED permettant d’échapper à une simple relation binaire.

L’œuvre montre dès lors que la relation est elle-même sous la dépendance de la composante matérielle dans laquelle elle s’inscrit et donc également dans l’espace-temps du progrès technologique…

 

 

Autre aspect de nature métahorétique  : le spectateur placé sous le lustre voit sa perception transformée selon sa position, son angle de vue, et la position du miroir.

  • Le tiers inclus n’est donc pas définitivement constitué dans le seul objet, il advient dans la rencontre entre l’objet et le regard, entre l’objet et l’espace, émane dans l’intervalle, « dans l’entre » de tensions relationnelles multiples et complexes.
  • Mais  « Crossing Light » possède cette propriété de modifier en lui-même l’angle de vue de l’observateur, qu’il soit réel ou imaginaire. Acteur dynamique de l’aléatoire de la relation et du dialogue entre lumière, reflet et observateur, il est en ce sens contemporain et unique.

 

Le reflet de la lumière de l’avenir existe mais n’est tropologiquement

accessible qu’à une infime minorité.

 

Si la lumière émise par chacune de ces bougies représente une pensée, laissons-la cheminer et prêtons-la conceptuellement aux multiples domaines du réel : social, politique, scientifique, économique, culturel, artistique etc…

Liste non exhaustive que l’analyse sous l’angle du tiers inclus propose …

et que « Crossing Light » … illustre …

 

Merci Monsieur Régis Mathieu

                                                 

                                               …

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