Thème du tiers inclus: Le regard dans le néant, l’indépendance.
Antagonismes en interaction: Entre mort et poésie suspendue, entre vice et volupté
1. Mireille Havet, Biographie
2. Mireille Havet, La maison dans l’oeil du chat
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1. Mireille Havet
Biographie
Mireille Havet est un écrivain français, née à Médan le 4/10/1898, morte à Crans-Montana le 21/3/1932
Qui se souvient de Mireille Havet ?
Celle qui fut la coqueluche des milieux littéraires et artistiques des Années folles, a disparu des mémoires. La faute sans doute à la fulgurance de son destin qui, après les lumières de ses débuts littéraires, se mua en tragédie : l’abus de drogues et la maladie la mènent à terminer sa vie à 33 ans dans un sanatorium suisse.
Elle était l’amie de Colette, de Jean Cocteau, de Guillaume Apollinaire qui l’appelait « la petite poyétesse », et des premiers surréalistes. Elle publie peu : des poèmes, quelques contes et un roman.
Un coup du destin pousse en 1995, par un soir de violent orage, Dominique Tiry, petite-fille de l’exécutrice testamentaire de Mireille Havet, à monter dans le grenier de sa maison familiale. Elle y découvre une vieille valise remplie de papiers : un trésor puisque s’y trouve conservé le journal intime que Mireille a tenu de 1913 à 1929. Une œuvre extraordinaire par son style et sa liberté de ton, monumentale par son ampleur; que l’éditrice Claire Paulhan décide de publier en plusieurs tomes, à partir de 2003 : un Journal dans lequel, écrit Claire Paulhan, Mireille Havet décrit « sa vie de damnation », une vie de guet et d’attente, de songe et d’outrance, une vie aimantée par son goût singulier pour l’amour des femmes et les stupéfiants.
Outre les dix-sept cahiers du journal, la valise contient aussi des agendas, une abondante correspondance, des brouillons de contes et de poèmes, dont certains inédits. A partir de ces archives, la vie, les amitiés et les fantômes de Mireille Havet se dévoilent peu à peu …
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Née en 1898 dans une famille bourgeoise désargentée, son père, artiste peintre bénéficie d’une petite notoriété. Elle passe sa jeunesse à Medan, grandit dans un milieu bohème où la bienséance bourgeoise et le catholicisme de sa mère servent de garde-fou. Elle a 9 ans lorsque sa famille déménage à Paris.
En 1913, la mort de son père – probablement par suicide après des années d’internement psychiatrique – laisse Mireille, sa sœur et sa mère dans une grande détresse, morale et financière.
Mireille Havet en 1917
Le réseau familial permet à la toute jeune femme de faire ses premiers pas dans la vie mondaine, artistique et littéraire parisienne. Très vite, le charme, la vivacité d’esprit et la belle plume de l’adolescente fascinent son entourage. Elle n’a pas 15 ans lorsqu’elle publie son premier poème dans la revue d’Apollinaire. Le Figaro et le Mercure de France feront ensuite connaître sa poésie. A 19 ans, elle suscite l’admiration de tous avec la parution de La Maison dans l’œil du chat, préfacée par Colette. Sa réputation d’écrivain prodige est faite. Son aisance et un tempérament de feu lui ouvrent toutes les portes.
« Aller au-devant, rompre, ne rien admettre, détruire et rejeter tout ce qui, même de très loin, menace une seconde l’indépendance, voici mes lois. Ce n’est pas exactement une politique de conciliation, c’est exactement une révolte. Je ne mangerai pas de votre pain. Je serai abracadabrante jusqu’au bout », écrit-elle dans son journal en 1922.
Mireille Havet en 1923
Aller droit à l’enfer, par le chemin même qui le fait oublier.
En 1923, elle publie Carnaval, roman acclamé par André Gide et René Crevel. Mireille Havet devient un personnage phare du Paris littéraire mais … elle incarne aussi un autre monde, souterrain et nocturne, celui où l’on croise fumeurs d’opium, noctambules et libertins. Si sa plume ne laisse personne insensible ; sa silhouette élégante et androgyne, ses yeux félins et la sensualité qu’elle dégage troublent. Mireille Havet assume parfaitement son homosexualité et ne cache pas ses préférences. Dès 1917, quelques années avant la mode des garçonnes, elle choisit de se couper les cheveux très courts. Véritable « don Juane » à l’appétit sexuel assumé, elle ne se lasse pas de décrire la beauté des corps féminins dans son journal. Elle développe ainsi un imaginaire lesbien qui est, avant tout, un imaginaire de la “féminité“. Elle conçoit l’homosexualité féminine (mais aussi, implicitement, masculine) comme la seule forme de sexualité naturelle, car fondée sur l’attirance du même pour le même, de corps qui se connaissent d’instinct.
« Héroïne, cocaïne ! La nuit avance… »
Mais le personnage flamboyant des débuts laisse place, au fil des ans et des excès, à une autre créature, de plus en plus marginalisée, dont la silhouette s’étiole pour devenir diaphane. Orphée, la pièce dans laquelle Cocteau lui attribue le rôle de la Mort en 1926 en est la poignante illustration.
Mireille Havet dans le rôle de la Mort en 1926 dans Orphée de Cocteau
Tenant à peine debout, exigeant sa dose quotidienne de drogue avant de monter sur les planches, Mireille Havet symbolise à la perfection cette présence spectrale « au glamour ténébreux » qui frappera le magazine Vogue. A cette époque-là, elle est devenue complètement dépendante aux stupéfiants. Entraînée dans la consommation d’opium dès 1919, la jeune femme a fini par répondre à l’appel de drogues plus puissantes comme la morphine puis l’héroïne, dont elle augmente les doses et les mélanges.
Les blessures amoureuses, la mort d’êtres chers – dont sa mère en 1923 -, les problèmes financiers et une santé de plus en plus chancelante – en 1928, on lui diagnostique une tuberculose – ont eu raison de l’incandescente jeune femme. L’angoisse et la pauvreté, la paranoïa et les crises de manque deviennent ses seules compagnes, la tenant éloignée de l’écriture. Ses derniers manuscrits, Jeunesse perdue et Les Rencontres d’après minuit, resteront inachevés et disparaîtront.
« Vie d’acrobate que la mienne, entre la mort et la poésie suspendue, retenue par un fil toujours, et un fil d’araignée qui fait peur plus d’une fois à ceux qui me regardent », écrit-elle dans son journal en 1926.
Mireille Havet, incapable de se mettre à sa table de travail, vit dans des hôtels minables, file à la cloche de bois. C’est finalement un de ses oncles, qui finira par lui payer un séjour au sanatorium de Montana en Suisse. Il est déjà trop tard. De ces mois passés là-bas, on ne saura rien. La dernière photo d’elle, datant de 1931, quelque temps avant sa mort, montre un être où toute forme d’espoir a quitté ses yeux sombres.
Elle mourra à 33 ans, « l’âge des prophètes et des crucifiés »…
Mireille Havet en 1931 (Passeport)
C’est dire si l’apparition de son journal relève de la résurrection. On y retrouve l’écrivain au tempérament hors-norme, celle dont on attendait tant avant qu’elle n’entame sa descente aux enfers. Sa plume est incandescente et lyrique. Ce journal peut se lire de différentes manières, comme le témoignage historique d’une jeune homosexuelle décrivant sa vie amoureuse, écrit si rare dans l’histoire du lesbianisme et des sexualités féminines. « Je ressentais une joie mêlée à un tel orgueil de faire crier et jouir cette femme si pliée, si apte, si expérimentée à toutes les voluptés, à tous les vices, à toutes les possessions ! Et l’aube où nous roulions, mêlées et gémissantes, nous trouvait accolées l’une à l’autre, bras enlacés, et dormant, brisées… et infernales, comme deux anges déchus. » écrit-elle en 1919.
2. Mireille Havet
La maison dans l’oeil du chat
Au-dessus de la terre, habitée par la pensée des hommes : un ciel clair, semé d’étoiles.
La terre est très lumineuse.
A l’endroit où la famille a laissé la maison, il n’y a rien.
Des Âmes, peut-être ?
et des souvenirs…
Mais si, pourtant, le Vide s’écarte, le ciel apparaît admirable, d’une pureté divine.
Puis la maison haute ! haute ! comme une cathédrale.
Puis le jardin, avec une pelouse, comme un champ, et les allées, comme des routes de campagne.
Qui y a-t-il ?
Il n’y a rien.
Mais si, par terre, un peu au-dessus du sol, deux étoiles sont suspendues :
Les yeux du chat regardent la maison.
Le chat est là et pour lui, tout revit.
Le chat se promène : c’est calme.
Il va doucement, près d’un soupirail :
il entre, les étoiles illuminent la cave,
toute blanche comme le couloir d’une abbaye.
Le chat ronronne en marchant.
Il est tranquille, rien n’est changé chez lui.
Il ressaute sur la route de campagne et va se promener dans le champ.
Le chat passe en revue : toute la Nuit.
Aux fenêtres des maisons, des vitraux scintillent.
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