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La Rabbia Poetica de Pasolini

By | 2021-05-01T09:26:05+02:00 21 avril 2021|Art, Cinéma, Littérature, Poésie|0 Comments

Thème du tiers inclus:  L’intemporelle beauté. L’ entre poétique de l’intemporelle, insoumise et naturelle beauté sur laquelle les contraintes, les antagonismes n’avaient aucune prise avant qu’elle ne devienne accaparée et consciente … Poésie d’images dialectiques.

Antagonismes en interaction :  Norma Jeane Mortenson ~ Marilyn Monroe, Beauté ~ Richesse, Beauté ~ Mort, Monde passé ~ Monde futur, Beauté inconsciente ~ Beauté consciente, Eclat ~ Humilité, Lumière ~ Ombre, Apparat ~ Simplicité, Richesse ~ Dénuement, Candeur ~ Coquetterie, Naturel ~ Apprêt, Artifice ~ Vérité,  Célébrité ~  Anonymat, Vérité ~ Mensonge, Sobriété ~ Prestige …

 

***

 

La Rabbia Poetica

de

 Pasolini

 

Du monde antique et du monde futur
n’était resté que la beauté, et toi,
pauvre petite sœur cadette,
celle qui court derrière ses frères aînés,
rit et pleure avec eux, pour les imiter,
se met leurs écharpes,
touche en cachette leurs livres, leurs canifs.

Toi petite sœur la plus jeune de toutes,
cette beauté, tu la portais humblement,
avec ton âme de fille du petit peuple,
tu n’as jamais su que tu l’avais,
parce que autrement ça n’aurait pas été de la beauté.


Elle a disparu, comme une poussière d’or.

Le monde t’en a donné conscience.
Ainsi ta beauté est devenue sienne.

 

Du stupide monde antique
et du féroce monde futur,
était restée une beauté qui n’avait pas honte
de faire allusion aux petits seins de la petite sœur,
au petit ventre si aisément dénudé.


C’est pourquoi c’était de la beauté, celle-là même
qu’ont les douces mendiantes noires,
les gitanes, les filles de commerçants
qui gagnent les concours de beauté, à Miami ou à Rome.


Elle a disparu, comme une colombe d’or.

C’est le monde qui t’en a donné conscience,
et ainsi ta beauté a cessé d’être beauté.

 

Mais tu continuais à être enfant,
idiote comme l’Antiquité, cruelle comme l’avenir,
et entre toi et ta beauté accaparée par le pouvoir
se sont mises toute la stupidité et la cruauté du présent.
Tu l’emportais, comme un sourire entre les larmes,
impudique par passivité, indécente par obéissance.
L’obéissance exige bien des larmes qu’on ravale.
Et de se donner aux autres regards trop gais,
qui demandent leur pitié.


Elle a disparu comme une blanche ombre d’or.

Ta beauté, survivante du monde antique,
exigée par le monde futur, accaparée
par le monde présent, devint ainsi un mal.

 

Maintenant les grands frères se tournent enfin,
arrêtent un instant leurs maudits jeux,
sortent de leur inexorable distraction,
et se demandent :

« Se peut-il que Marilyn,
la petite Marilyn nous ait indiqué la voie ? »

 

Maintenant c’est toi,
la première, toi la plus petite des sœurs, celle
qui ne compte pour rien, pauvre petite, avec son sourire,
c’est toi la première au-delà des portes du monde
abandonnée à son destin de mort.

 

                                                                                                                  …

 

L’autre Beauté

 

Dans une des dernières séquences du film intitulée la « Séquence du malheur à la mine » (Sequenza della disgrazia in miniera) émerge l’autre beauté, la beauté si étrangement belle de porter son autre.

 

Douleur antique

 

Vingt-trois mineurs victimes d’un coup de grisou sont remontés du fond de la mine, portés par leurs camarades et pleurés par leurs épouses ou par leurs mères.

…  Comme un contrepoint exact aux vies « chargées de bijoux » des bourgeoises d’opéra, voire à la mort de Marilyn, elle-même sous forme de « poussière d’or », ces femmes en gris, en noir, anéanties dans le deuil, se lamentent, se taisent dignement ou lancent des gestes de colère contre les autorités seulement capables de «gérer l’accident ».

Pasolini compose un thrène, (du grec ancien du θρῆνος), humble chant funèbre pour ce peuple éploré.

 

 

Et la classe des châles noirs de laine,

des tabliers noirs à peu de lires,

des fichus qui enveloppent

les visages blancs des sœurs,

la classe des hurlements antiques,

des attentes chrétiennes,

des silences fraternels dans la boue

et de la grisaille des jours de pleur,

la classe qui donne valeur suprême

à ses pauvres mille lires,

et qui, là-dessus, fonde une vie

à peine capable d’illuminer

la fatalité du mourir

 

                                                                                                                                                                                             . . .

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