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Bossuet. Premier Sermon sur l’amour des plaisirs (1662)

By | 2022-05-31T07:58:35+02:00 6 juin 2022|Art, Cinéma, Littérature, Religion|0 Comments

Thème du tiers inclus : La Foi

Antagonismes en interaction:  Plaisirs ~ Vertu ; Âme ~ Liberté

Selon le postulat fondamental de la logique du contradictoire et du principe d’antagonisme, il découle une suite de degrés entre actualisations et potentialisations des antagonismes. La dynamique qui en émane est dite transfinie, ces multiples degrés constituant une suite de valeurs relatives et discontinues. Cette discontinuité est transfinie car ne peut s’immobiliser dans le fini. Ce qui est vrai des antagonismes l’est également pour le tiers inclus, s’agissant d’un état où les évènements dynamiques sont contradictoires.

 

*

 

Fixer son esprit et prendre une forme de vie, comme le recommande Bossuet dès la première strophe sont-ils compatibles avec cette logique ? Fixer son esprit serait-il une finitude ?  Si tel est le cas, cette troisième valeur, ici la foi, à l’abri de la contradiction en l’excluant, serait alors non dynamique ou non dialectique et donc absolutisée, ce qui, sous cet angle, l’exclurait de la logique du tiers inclus contradictoire.

 

 

Concevoir vie et fixité de l’esprit ?

 

***

 

PREMIER SERMON SUR L’AMOUR DES PLAISIRS (1662)

 

BOSSUET

 

 

 

Pour se convertir, chrétiens, il faut premièrement se résoudre

fixer son esprit à quelque chose

prendre une forme de vie

Or est-il que l’attache aux attraits sensibles nous met dans une contraire disposition ?

 

Car trop pauvres pour nous pouvoir arrêter longtemps

nous voyons par expérience que tout l’agrément des sens est dans la variété

et c’est pourquoi l’Ecriture dit que la concupiscence est inconstante

Inconstantia concupiscentiœ

parce que dans toute l’étendue des choses sensibles

il n’y a point de si agréable situation que le temps ne rende ennuyeuse et insupportable

 

Quiconque donc s’attache au sensible

il faut qu’il erre nécessairement d’objets en objets

et se trompe pour ainsi dire en changeant de place

 

 

Ainsi qu’est-ce autre chose que la vie des sens

qu’un mouvement alternatif de l’appétit au dégoût

et du dégoût à l’appétit

l’âme flottant toujours incertaine

entre raideur qui se ralentit

et ardeur qui se renouvelle

 

Inconstantia concupiscentiœ

Voilà ce qu’est la vie des sens

 

 

Cependant dans ce mouvement perpétuel

on ne laisse pas de se divertir par l’image d’une liberté errante

Quasi quâdam libertate aurae perfruuntur vago quodam desiderio suo

Mais aussi quand il faut arrêter ses résolutions

cette âme accoutumée dès longtemps à courir deçà et delà

partout où elle voit la campagne découverte

à suivre ses humeurs et ses fantaisies

et à se laisser tirer sans résistance par les objets plaisants

ne peut plus du tout se fixer

 

 

Cette constance, cette égalité, cette sévère régularité de la vertu lui fait peur

parce qu’elle n’y voit plus ces délices

ces doux changements

cette variété qui égaie les sens

ces égarements agréables

où ils semblent se promener avec liberté

C’est pourquoi cent fois on tente et cent fois on quitte

on rompt et on renoue bientôt avec les plaisirs

 

 

De là ces remises de jour en jour

ce demain qui ne vient jamais

cette occasion qui manque toujours

cette affaire qui ne finit point

et dont on attend toujours la conclusion

 

 

O âme inconstante et irrésolue

ou plutôt trop déterminée

et trop résolue pour ne pouvoir te résoudre

iras-tu toujours errant d’objets en objets

sans jamais t’arrêter au bien véritable ?

 

 

Qu’as-tu acquis de certain par ce mouvement éternel

et que te reste-t-il de tous ces plaisirs

sinon que tu en reviens avec un dégoût du bien

une attache au mal

le corps fatigué et l’esprit vide ?

 Est-il rien de plus pitoyable ?

                                                                                                                             …

 

 

 

 

Dans un tout autre registre, très hérétique, extrayant de ce texte ce qui lui convient, ce qu’il en retient ou ce qu’il en a compris,  Serge Gainsbourg, cite très approximativement ce passage.

 

Gainsbourg

              …

 

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