//Les bases de la logique du tiers inclus contradictoire

Les bases de la logique du tiers inclus contradictoire

By | 2018-01-16T19:28:34+00:00 26 novembre 2017|Logique du tiers inclus contradictoire|3 Comments

Si je dis : « je vais bien », je sais que c’est un jugement relatif, parce qu’il y là toutes sortes de nuances contradictoires ou de possibilités pour que je n’aille pas très bien; lorsque je dis «  je vais bien », l’avis contraire « je ne vais pas bien » est là, en suspens, virtualisé mais ne disparait jamais. Lorsque j’énonce un jugement, j’énonce par la même le jugement contradictoire et je n’ai aucune possibilité de l’anéantir, je le virtualise.[1] L’actualisation de « je vais bien », potentialise « je ne vais pas bien », de la même façon que l’actualisation de « je ne vais pas bien », potentialiserait « je vais bien ».

La logique classique (ou logique d’identité, ou logique du tiers exclu) réussit à penser le changement en l’analysant en termes successifs, la succession des moments contradictoires se comprend mais leur coexistence elle semble illogique. Deux propositions contradictoires ne peuvent pas être fausses ensemble : si l’une est fausse, l’autre est vraie, il n’y a pas de tierce responsabilité, ceci est le fondement de la démonstration par l’absurde.[2]

La logique du contradictoire est dynamique et non statique. Ceci se traduit par les notions d’actualisation et de potentialisation. Qu’un évènement e se réalise, on dira qu’il s’actualise, qu’il passe d’un état potentiel à un état actuel. IPSO FACTO, l’évènement antagoniste non-e est potentialisé par l’actualisation de e : non-e passe de l’état actuel à l’état potentiel. Quand e s’actualise, (passe d’un état potentiel à un état actuel), non-e se potentialise (passe d’un état actuel à un état potentiel), quand non-e s’actualise, (passe d’un état potentiel à un état actuel), e se potentialise ( passe d’un état actuel à un état potentiel). Le postulat qui fonde la logique du contradictoire est que toute actualisation est conjointe d’une potentialisation antagoniste. Chaque état intermédiaire est constitué d’une dynamique s’actualisant conjointe à sa dynamique antagoniste se potentialisant. Les valeurs peuvent ainsi être ramenées à différents moments de cette actualisation-potentialisation et chacune est constituée par un degré d’antagonsisme entre deux non-contradictions opposées.

            Chaque degré sera donc défini par TROIS paramètres : l’actualisation et la potentialisation de chacun de ses contraires et par son quantum d’antagonisme.

            Est exclue de cette logique du contradictoire, l’actualisation absolue de la non-contradiction, car l’actualisation absolue d’une dynamique interdirait toute conjonction antagoniste. Mais le quantum d’antagonisme, le contradictoire lui-même (nommé tiers inclus), peut s’accroitre aux dépens de l’actualisation-potentialisation des pôles contraires. C’est donc trois pôles que cette logique reconnait : deux pôles définis par chacun des contraires et un pole qui résulte de leur relativisation réciproque. Le tiers est unificateur : il unifie « e » et « non-e ». il est impossible de comprendre cette unification non fusionnelle sans faire appel à la notion de «  niveaux de réalité »

Les trois quanta logiques lupasciens sont directement inspirés par la physique quantique, notamment par le principe de superposition des états quantiques. Ils remplacent les deux conjonctions de la logique classique, faisant intervenir quatre termes logiques indexes : « si e est “vrai”, non-e doit être “faux” » et « si e est “faux”, non-e doit être “vrai” » [3] On comprend ainsi que Lupasco élargit la validité du principe de non-contradiction sans le rejeter. De la même manière, la physique quantique a un domaine de validité́ plus étendu que la physique classique.

La science recherche sans cesse des supports définitifs aux phénomènes, c’est-à-dire rigoureusement actualisés, des relations et des lois qui ne changent plus, et qui ne seront pas contredites. C’est pourquoi, dit Lupasco, la science n’émet que des jugements dits d’expérience ou hypothétiques. La logique du contradictoire, elle, montre pourquoi il ne peut pas en être ainsi : l’expérience est un phénomène dynamique, un développement énergétique qui comme tel, ne s’arrête jamais, ne peut s’actualiser rigoureusement, parce que sa structure même implique un dynamisme contradictoire, une énergie antagoniste qu’il ne peut que virtualiser et non détruire, sans se détruire lui-même. Même les mathématiques qui semblent échapper à ces considérations, peuvent être approchées de cette manière.[4]

Stéphane Lupasco apporte une approche ternaire du réel ouvrant de nouveaux espaces d’investigation tant dans les sciences dites exactes, que dans les sciences humaines. Il a commencé en donnant aux relations d’« incertitude » d’Heinsenberg un éclairage nouveau : on ne peut en même temps préciser la mesure de la position et la quantité de mouvement d’une particule quantique, la détermination de l’une entraine l’indétermination de l’autre et réciproquement de sorte que l’erreur des deux mesures conjuguées ne peut être réduite en deçà d’une limite mesurée par h, la constante de Plank.

            Lupasco quant à lui dit : l’actualisation spatiale entraine la potentialisation de la quantité de mouvement, l’actualisation de la localisation temporelle entraine la potentialisation de l’extension en énergie. C’est le passage entre le potentiel et l’actuel, sans jamais pouvoir s’actualiser, qui constitue l’aspect le plus intéressant. Il a donc bouleversé le concept classique d’identité d’une particule en introduisant le principe de contradiction entre identité et non-identité. Il a conçu une mécanique Contradictionnelle dans laquelle la mécanique classique trouve sa place mais n’est plus qu’un cas particulier idéal, de la même manière que la logique classique n’est plus qu’un cas particulier et idéal de la logique dynamique du contradictoire. Lupasco a formulé la question capitale de l’extension de la « quantification » à tous les faits.[5] Il postule l’existence d’un troisième type de dynamique antagoniste, qui coexiste avec celle de l’hétérogénéisation qui gouverne la matière vivante et l’homogénéisation qui gouverne la matière physique. Ce nouveau mécanisme dynamique sous-tend l’existence d’un état d’équilibre rigoureux, entre les pôles d’une contradiction, dans une semi-actualisation et une semi-potentialisation. Cet état se nomme état « T ». La structure binaire est donc remplacée par une structure ternaire.[6]

La logique classique dit : 1 : Axiome d’identité : A est A ; 2 : Axiome de non contradiction : A n’est pas non-A ; 3 : Axiome du tiers exclu : Il n’existe pas un troisième terme T qui soit à la fois A et non-A. En logique classique, on ne peut concevoir en même temps la validité d’une chose et son contraire. La perplexité engendrée est bien compréhensible, comment affirmer et être sain d’esprit que la nuit est le jour, le noir est le blanc, l’homme est la femme, la vie est la mort. De la même façon la pensée binaire laisse perplexe : le bien et le mal, qui n’est pas avec nous est contre nous…

Les notions d’actualisation et de potentialisation changent le sens du mot « négation » par rapport à la logique usuelle. L’actualisation de e et la potentialisation de non-e ne sont jamais absolues car on retombe alors dans la logique d’identité non contradictoire. De cette nouvelle définition de la négation, ( puisque actualisation et potentialisation du terme antagoniste ne sont jamais totales, il reste toujours une actualisation minoritaire contradictoire de l’actualisation majoritaire: il reste toujours un QUANTUM de contradictoire.

Lupasco conclut : « […] il n’est pas d’élément, d’évènement, de point quelconque au monde qui soit indépendant, qui ne soit dans un rapport quelconque de liaison ou de rupture avec un autre élément ou événement ou point, du moment qu’il y a plus d’un élément ou événement ou point dans le monde (ne serait-ce que pour notre représentation ou notre intellect) […]. Tout est ainsi lié dans le monde […] si le monde, bien entendu, est logique […] [7]

[1] S. Lupasco, Le principe d’antagonisme et la logique de l’énergie, L’esprit et la matière, Le Rocher, p20

[2] « Je sais que je ne sais pas ce que je ne sais pas ; J’envie ceux qui sauront davantage, mais je sais qu’ils auront tout comme moi à mesurer, peser, déduire et se méfier des déductions produites, faire dans le faux la part du vrai et tenir compte dans le vrai de l’éternelle admixtion du faux ».Marguerite Yourcenar, L’œuvre au noir, Folio, p.159

[3] Marguerite Yourcenar  nous dit la même chose en la bouche de Zénon: « Je sais que je ne sais pas ce que je ne sais pas ; j’envie ceux qui sauront davantage, mais je sais qu’ils auront tout comme moi à mesurer, peser, déduire et se méfier des déductions produites, faire dans le faux la part de vrai et tenir compte dans le vrai de l’éternelle edmixtion du faux » , in Marguerite Yourcenar, L’œuvre au noir, La conversation à Innsbrück, Ed. Folio, p 159.

[4] S. Lupasco, Le principe d’antagonisme et la logique de l’énergie, L’esprit et la matière, Le Rocher, p21-24

[5] S. Lupasco, Les trois matières, op.cité, p 30-31.

[6] S. Lupasco, Les trois matières, op.cité.

 

[7] Stéphane Lupasco, 1951, 1ère éd., p.70.

3 Comments

  1. Koniarz 3 février 2018 at 23 h 01 min - Reply

    Si j’ai bien compris, quand une proposition est vraie, l’autre est forcément fausse.
    Je veux dire que 2 propositions contradictoires ne peuvent être vraies ensemble ou fausses ensemble,
    (comme on voudra).
    « e et non-e » ne peuvent être vrais ou faux ensemble.
    On peut par exemple affirmer que la couleur rouge est rouge (proposition vraie)
    si on affirme que le rouge est noir, cette proposition est fausse, même si le rouge et le noir s’épousent très bien, comme dit la chanson de Brel. Tiens, s’ils s’épousent très bien grâce au tiers inclus…
    Bref « e est vrai et non-e est faux » dans cet exemple.
    Peux-tu stp Claude m’expliquer alors comment le tiers peut être un élément d’unification de e avec non-e
    comme tu le suggères ?
    Entre 2 pôles contraires (e et non-e) un 3 éme pôle pourrait alors émaner de la relativisation réciproque des 2 pôles contraires ? C’est bien ta façon de voir n’est-ce pas?
    Et si ce 3ème pôle unifie, pourquoi alors ne serait-il pas fusionnel comme tu l’affirmes ?
    Peux-tu stp Claude m’apporter tes lumières sur ces différents points.

    • Claude Plouviet 6 février 2018 at 17 h 00 min - Reply

      Cher Alain,

      La principe essentiel de la logique du tiers inclus est le suivant:

       » A tout phénomène, élément ou événement logique quelconque, et donc au jugement qui le pense, à la proposition qui l’exprime, au signe qui le symbolise : « e », doit toujours être associé, structurellement et fonctionnellement, un anti-phénomène ou anti-élément ou anti-événement logique, et donc un jugement, une proposition, un signe contradictoire : « non-e »… »

      Stéphane Lupasco précise que « e » ne peut jamais qu’être potentialisé par l’actualisation de « non-e », et ne jamais disparaître.

      De même, « non-e » ne peut jamais qu’être potentialisé par l’actualisation de « e », et ne jamais disparaître.

      L’état T (« T » de « tiers inclus ») est défini comme un état « ni Actuel ni Potentiel »

      Lupasco définit donc trois principes : l’actualisation A, la potentialisation P et le tiers inclus T.

      Comme « e » et « non-e » ne disparaissent jamais, ils possèdent formellement également ces trois indices : A, P, et T.

      On obtient donc ce que Lupasco nomme les quanta logiques, composés de six termes logiques

      1. L’actualisation de e est associée à la potentialisation de non-e ( deux termes logiques)
      2. L’actualisation de non-e est associée à la potentialisation de e ( deux termes logiques)
      3. Le tiers inclus de e est, en même temps, le tiers inclus de non-e. ( deux termes logiques)

      Si le tiers unifie bien « e » et « non-e », pour comprendre qu’il est non-fusionnel, il faut faire appel à la notion de « niveaux de Réalité » décrite par Nicolescu ( Notamment dans son livre : Nous la particule et le monde)

      Les trois quanta logiques de Stéphane Lupasco ( on parle de logique tri-dialectique) sont directement inspirés par la physique quantique. Ils remplacent les deux conjonctions de la logique classique, qui ne font quant à eux intervenir que quatre termes logiques:  » si e est « vrai », non-e doit être « faux » » et  » si e est « faux », non-e doit être « vrai « .

      La logique classique, quant à elle, est fondée sur trois axiomes :

      1. L’axiome d’identité : « A » est « A ».
      2. L’axiome de non-contradiction : « A » n’est pas « non-A ».
      3. L’axiome du tiers exclu : il n’existe pas de troisième terme « T » (T de « tiers inclus ») qui est à la fois « A » et « non-A ».

      Dans la logique classique, on ne peut affirmer en même temps la validité d’une chose et son contraire : A et non-A.
      La logique du tiers inclus permet d’affirmer en même temps la validité d’une chose et son contraire : A et non-A

  2. Koniarz 3 février 2018 at 23 h 18 min - Reply

    PS : comment « le tiers » peut-il avoir une fonction unificatrice entre et e non-e ?!
    Le « tiers » est unificateur, il unifie e et non- e écris-tu.

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