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Léopold Sédar Senghor Civilisation de l’universel et métissages paritaires

By | 2023-06-07T20:35:50+02:00 7 juin 2023|Art, Politique|0 Comments

Thème du tiers inclus :  Civilisation de l’universel, Métissages paritaires

Antagonismes en interaction :  Enracinement ~ Ouverture

 

 

Léopold Sédar Senghor

 

Civilisation de l’universel

et

Métissages paritaires*

 

 

 

 

1.  Roland Colin, ancien conseiller personnel du chef du gouvernement du Sénégal :

« Senghor parlait de la Civilisation de l’universel, mais en spécifiant que la civilisation de l’universel ne voulait pas dire le nivellement de toutes les cultures dans un modèle unique. Ce qu’il voulait dire aussi et c’était devenu un autre mot clef pour Senghor, c’est arriver à mettre en œuvre ce qu’il appelait les «métissages paritaires », faire en sorte que les courants culturels puissent se conjuguer sans se dénaturer.

Cela donnait une vision de la négritude différente de l’image rudimentaire qu’on lui donne. »

 

«  Senghor était un combattant de la négritude, et non pas l’icône d’une négritude établie installée sur son socle comme on le présente dans bien des cas. Et c’est en tant que combattant de la négritude, négritude considérée comme un courant vivant, non pas un courant séparé mais un courant en dialogue avec les autres courants du monde. Ça a été le destin de Senghor, avec les difficultés, les avancées, les reculades, les heurs, les malheurs. »

 

2. VIYE DIBA, Artiste :  « … Cette double confrontation avec la réalité m’a laissé comprendre pourquoi dans la philosophie senghorienne il y a ces deux couples : enracinement et ouverture. Et de manière opérationnelle, Senghor étant très structuré, la première décennie 1960- 1970, a été marquée par la phase de l’enracinement dont le sommet était le festival mondial des arts nègres de 1966. Il a ensuite abordé un glissement progressif vers l’ouverture, caractérisée par la création du musée dynamique et le passage des grands maîtres occidentaux comme Picasso, Hundertvasser, Manessier etc … »

 

 

 

« Il faut comprendre le contexte des années 1980-1990. C’était d’abord le contexte de la dé-Senghorisation politique où les gens ne voulaient pas faire référence à Senghor, c’était presque une espèce de lèse-majesté, le plan d’ajustement a créé une situation où la culture n’est plus inscrite dans l’ordre des priorités de l’état. Presque tous les secteurs étaient à plat sauf les arts visuels. »

 

« Les gens de ma génération avaient des contentieux avec Senghor sur les questions politiques. Beaucoup refusaient Senghor parce qu’il avait des préoccupations politiques et idéologiques que les gens le traitaient à l’époque de réactionnaire. Moi-même, je n’étais pas très emballé car j’étais le fruit de la période d’ouverture. Mais le vrai problème c’est que nous, lorsque nous prenions position, on oubliait que nous-mêmes étions les produits de ce couple enracinement ~ ouverture. »

 

3. Younousse Seye, Artiste

 

 

Younousse Seye : « Senghor, je l’ai rencontré en tant que président du Sénégal.  Il avait entendu d’une femme peintre sénégalaise qu’il ne connaissait pas. Il a dit à Mamadou Diop qui était le secrétaire général de la présidence : il faut vous présenter Madame Younousse Seye avec ses œuvres. »

 

 

Senghor : «C’est vous qui avez peint tout ça là … Mais de quelle école êtes-vous ? »

Younousse Seye : Je n’ai fait aucune école Monsieur le président, je suis autodidacte, je n’ai pas fait l’école des arts… c’est ma maman qui fait les batiks et qui m’a enseigné comment les attacher, comment faire sortir les couleurs bleues et tout ça etc… et c’est tout çà qui fait qu’ensuite, j’aime l’art, la culture, etc… J’ai commencé à peindre… »

Il me dit «Oui, oui mais comment avez-vous appris à mélanger les couleurs ? Qui vous a appris à dessiner les formes et les courbes ? »

Je lui dis : «Monsieur le président, je ne l’ai pas appris car l’art est dans tout et tout est dans l’art »

Puis il a dit à Niasse: « Il faudrait que Madame Younousse Seye aille partout au Sénégal, exposer ses  tableaux, qu’on la connaisse. »

 

« Il y  a  une différence entre l’école de Senghor et les autodidactes. Mais tous les artistes qui ont exposé en « off » pendant les biennales, sont des autodidactes, ce sont tous des autodidactes. C’est par le dialogue que j’ai eu avec Senghor qu’on les a acceptés en tant que créateurs et en tant que peintres. »

 

 

« C’est ça Senghor,

Il nous dit de creuser notre intimité intellectuelle.

S’il le découvre, vous êtes pour lui,

quelqu’un qui rentre dans le cadre de l’universel … »

 

                                                     …

 

* Extraits tirés de vidéos présentées lors de l’exposition  » Senghor et les arts, réinventer l’universel  »  , Musée du Quai Branly 2023

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