//Nabokov donne son avis sur Lolita

Nabokov donne son avis sur Lolita

By | 2018-03-03T23:01:13+00:00 27 janvier 2018|Littérature|0 Comments

Thème du tiers inclus: La supposée perversion, tiers inclus né de l’interaction entre une fillette et un homme mûr.

Cet entretien de Bernard Pivot avec Vladimir Nabokov nous éclaire sur sa vision de Lolita Nabokov réfute la catégorisation de Lolita en nymphette perverse. Il situe le profil de son héroïne dans l’espace produit par le vide, l’abîme, le vertige créé par la différence d’âge entre elle et Monsieur Humbert.  Lolita n’a rien d’une petite perverse, ce n’est que de l’interaction, tiers inclus entre elle et la hantise maniaque de Humbert qu’émane l’aspect pervers de la jeune fille. Sans Humbert, et sans son profil, rien ne serait advenu. La perversion nait de cette rencontre, de cette juxtaposition de deux êtres sans lesquels l’histoire n’aurait sans doute jamais existé.

De l’ interaction de ces deux personnages ( toujours selon Nabokov) nait une troisième valeur d’une nature différente de celle des deux éléments qui la composent. Ceci est un critère essentiel de la logique du tiers inclus contradictoire. Pris individuellement, ni l’un ni l’autre n’illustrent une quelconque perversion. Seule leur relation la fait évoquer.

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« Lolita n’est pas une petite fille perverse, c’est une pauvre enfant, une pauvre enfant que l’on débauche, dont les sens ne s’éveillent jamais sous les caresses de l’immonde Monsieur Humbert à qui elle demande une fois « Est-ce qu’on va toujours vivre toujours comme çà en faisant toutes sortes de choses dégoûtantes dans des lits d’auberges ? ».

 

 

 

Nabokov:

Le succès de Lolita ne m’agace pas, je ne suis pas Conan Doyle qui par snobisme ou simple bêtise préférait être connu comme l’auteur d’une histoire d’Afrique, qu‘il croyait bien supérieure à son Sherlock Hommes, mais il est assez intéressant de se pencher comme disent les journalistes, sur le problème de la dégradation inepte que le personnage de la nymphette que j’ai inventé en cinquante cinq a subi dans l’esprit du gros public. Non seulement la perversité de cette pauvre enfant a été grotesquement exagérée, mais son aspect physique, son âge, tout a été modifié par des illustrations dans des publications étrangères. Des filles de vingt ans, ou davantage, de grandes dindes, des chattes de trottoir, des modèles bon marché, que sais-je ou des simples criminelles aux longues jambes sont baptisées nymphettes ou Lolita dans des reportages de magazines italiens, français, allemand etc.… et les couvertures des traductions turques, arabes atteignent le comble de l’ineptie. Ce sont des exemplaires très rares mais ils représentent une jeune femme aux contours opulents comme on disait dans le temps et à la crinière blonde, imaginées par des nigauds qui n’ont jamais lu mon livre.

En réalité, Lolita, je le répète est une fillette de douze ans tandis que monsieur Humbert est un homme mûr, et c’est l’abîme entre son âge et celui de la fillette qui produit le vide, ce vertige, la séduction, l’attrait d’un danger mortel.

En second lieu, c’est l’imagination du triste satire qui fait une créature magique de cette petite écolière américaine aussi banale et normale dans son genre que le poète manqué Humbert est dans le sien.

 

 »   En dehors du regard maniaque de Monsieur Humbert, il n’y a pas de nymphette, Lolita la nymphette n’existe qu’à travers la hantise qui détruit Humbert. Voici un aspect essentiel d’un livre singulier faussé par une popularité factice. »

 

 

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