///Mark Rothko, réflexions ( 1903 – 1970)

Mark Rothko, réflexions ( 1903 – 1970)

By | 2017-12-11T17:38:16+00:00 7 décembre 2017|Peinture|0 Comments

Thème du tiers inclus:  La profondeur métaphysique de l’oeuvre de Rothko, l’angoisse et la révolte dont elles sont chargées, émanent de la juxtaposition de l’extension des surfaces et de leur contraction, il dés-absolutise la  couleur et la forme.  « Peut-être aurez vous remarqué qu’il existe deux caractéristiques dans mes peintures : soit les surfaces sont expansives et elles tendent vers l’extérieur dans toutes les directions, soit les surfaces se concentrent dans toutes les directions vers l’intérieur : tout ce que j’ai à dire, vous pourrez le trouver entre ces deux pôles. »

On trouve dans le recueil des propos de Mark Rothko, ( 1903-1970) classé parmi les expressionnistes américains dont il refusait la catégorisation aliénante, une recherche dont les fondements intellectuels rejoignent ces idées, une dimension spirituelle hypersensible.

« Les gens qui pleurent en présence de mes tableaux font la même expérience religieuse que celle que j’ai faite en les peignant. »

Né en Russie en 1903, émigré aux Etats-Unis à 10 ans et mort, suicidé, à New York en 1970 . il fut probablement l’un des plus grands artistes du XXe siècle. Il confia à l’abstraction la fonction abandonnée par la philosophie : unifier notre rapport au monde.

« La juste manière de regarder l’art est un authentique mariage des sens. Et dans le mariage comme en art, ne pas consommer est une cause de nullité ».

 

Son parcours est intimement lié aux peintres qui ont offert aux Etats-Unis leur première école picturale d’envergure internationale, les « Expressionnistes Abstraits » : Pollock, Newman, Kline, Still ou Motherwell. Mais sa singularité et la puissance d’émotion que dégage sa peinture l’emportent sur tout effet d’école.

« Quel que puisse être le nombre des commentaires, ils ne sauraient expliquer nos peintures. Leur explication doit naitre d’une expérience profonde qui s’instaure entre le tableau et le spectateur ».

 

Isy Morgensztern  [1] l’a présenté comme un géant de la peinture qui, comme Turner, dont il admirait le travail, avait tenté de peindre « … le Rien et très ressemblant… ».

« Je souhaite affirmer sans réserve qu’à mon sens, il ne peut exister d’abstraction d’aucune sorte. Chaque forme ou chaque zone de la toile qui ne possède pas la même vulnérabilité, la même réceptivité à la joie ou à la souffrance, n’est tout simplement rien du tout ».

Son art tente de soulager le vide spirituel fondamental de l’homme moderne, le vide créé en partie par l’absence d’une mythologie.

« Un tableau vit par la compagnie d’un contemplateur sensible, dans la conscience duquel il s’épanouit et grandit. »

Il fournit la reconnaissance esthétique nécessaire à la libération des énergies inconscientes, précédemment libérées par les images, symboles et rituels mythologiques. Rothko se considère comme un faiseur de mythe et proclame que le seul sujet valable est tragique.

« Je ne m’intéresse pas au rapport entre la couleur et la forme ni à rien de tel. La seule chose qui m’intéresse, c’est d’exprimer des sentiments humains fondamentaux, la tragédie, l’extase, le destin funeste et ce genre de choses. »

L’expérience tragique ragaillardie  écrit-il , est pour moi la seule source d’art. La couleur est débarrassée de l’objet et devient l’unique objet de vision.

« Peut-être aurez vous remarqué qu’il existe deux caractéristiques dans mes peintures : soit les surfaces sont expansives et elles tendent vers l’extérieur dans toutes les directions, soit les surfaces se concentrent dans toutes les directions vers l’intérieur : tout ce que j’ai à dire, vous pourrez le trouver entre ces deux pôles. »

La profondeur métaphysique de ses toiles, l’angoisse et la révolte dont elles sont chargées, constitue le fil invisible de ce numéro d’une vie, une œuvre.

« L’artiste abstrait a donné une existence matérielle à beaucoup de mondes et d’époques que personne n’a vus. Mais moi, je rejette la négation de l’anecdotique, de même que je rejette aussi la négation de l’existence matérielle. Pour moi, l’art est en effet une anecdote de l’esprit, la seule possibilité de concrétiser le propos de sa vitesse et de son silence si variables. »

 

Annie Cohen-Solal sa biographe, dévoile la trajectoire de cet artiste majeur qui fut également un érudit, un intellectuel, un éducateur et, bien sûr, un passeur, dont la dimension spirituelle reste ancrée dans la complexité et la richesse de sa propre généalogie.

« Nous préconisons le mode d’expression de la pensée complexe. Nous sommes pour les grandes formes parce qu’elles sont d’un effet plus clair. Nous voulons revaloriser la surface picturale. Nous sommes pour les formes bi-dimensionnelles parce qu’elles détruisent l’illusion et qu’elles sont véridiques . »

 

[1] Universitaire et réalisateur né en 1947 à Paris. Il est actuellement enseignant en histoire des religions et philosophie. Rothko un humaniste abstrait, Isy Morgensztern (Réalisateur), Editions Montparnasse, 2007

 

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