//Les deux principes à la base de la logique du tiers inclus

Les deux principes à la base de la logique du tiers inclus

By | 2018-01-16T19:19:47+00:00 26 novembre 2017|Logique du tiers inclus contradictoire|0 Comments

1.   Principe de CarnotClausius ou deuxième principe de la thermodynamique:

Pour un système macro-physique, il y augmentation de l’entropie, croissance du désordre, dégradation de l’énergie vers la chaleur. L’homogénéisation est le processus dirigé vers l’identique, vers une accumulation sans fin de tous les systèmes dans un même état, désordre total, vers la mort conçue comme non mouvement.

2.  Principe d’exclusion de Pauli :

Une particule est définie comme un ensemble de propriétés intrinsèques, appelées nombre quantiques[1] et une certaine énergie impulsion lui est attribuée. Les particules peuvent être classées en « fermions » comme l’électron et le proton, et en « bosons » comme le photon. Deux fermions, même s’ils ont le même nombre quantique, s’excluent pourtant mutuellement.

3.  Conséquences :

Il ne peut y avoir plus d’un fermion dans un état déterminé. Le principe de Pauli introduit donc une différence dans l’identité supposée des particules, une tendance vers l’hétérogénisation. Dans un monde qui semble voué à l’homogénisation, l’hétérogénéisation est le processus dirigé vers le différent. Le principe d’exclusion de Pauli explique les résultats de la classification périodique des éléments de Mendeléïev: c’est le principe de la différenciation de la matière, qui n’est vraiment compris que par le principe d’antagonisme.

Selon Lupasco, ces deux mécanismes d’homogénéisation et d’hétérogénéisation se trouvent dans une relation d’antagonisme énergétique, cet antagonisme est un dynamisme organisateur. La logique axiomatique de Lupasco dégage trois orientations : une dialectique d’homogénisation, une dialectique d’hétérogénisation, et une dialectique quantique. 

Il utilise le terme de tridialectique, coexistence de ces trois aspects inséparables dans tout dynamisme accessible à la connaissance.

Cette tridialectique de Lupasco, ayant sa source dans la physique quantique, constitue une grille de lecture de phénomènes d’une grande diversité. Des faits aussi éloignés de la physique quantique que les faits ethnograhiques ou anthropologiques trouvent ainsi une possibilité d’interprétation cohérente chez lui. [2]

Le principe d’antagonisme et la logique de l’énergie constituent l’ossature même de la logique quantique. Bohr demandait d’admettre à la fois A et non-A. Lupasco en est loin : il admet en même temps A et non-A. Pour Lupasco, l’énergie, dans ses constituants les plus fondamentaux, possède à la fois la propriété de l’identité et celle de différenciation. La potentialisation n’est pas une disparition, une annihilation, mais simplement une mise en mémoire du non encore manifesté. En théorie quantique, chaque observable physique a plusieurs valeurs possibles, chaque valeur ayant une certaine probabilité. Une mesure peut donc donner lieu à plusieurs résultats. Mais évidemment, seul un de ces résultats sera retenu, ce qui ne signifie pas que les autres valeurs de l’observable soient dénués de tout caractère de réalité.[3]Saussure ne disait-il pas la même chose dans sa définition de la valeur linguistique évoqué plus haut ?

Toute énergie possède des dynamismes antagonistes, ces dynamismes sont et doivent être tels que tous deux se trouvent sur les trajectoires du passage de l’actuel au potentiel et du potentiel à l’actuel, vers ou dans un état à la fois d’égale potentialisation et d’égale actualisation. La réalité possède donc selon Lupasco, une structure ternaire.

On a souvent considéré la tridialectique de Lupasco comme une variante de la dialectique de Hegel dit Basarab Nicolescu [4], en ignorant d’une part le rôle fondamental de l’état T en tant que mécanisme dynamique indépendant, et d’autre part la coexistence permanente des trois polarités distinctes et contradictoires dans chaque manifestation. Lupasco, écrit Gilbert Durand, a bien montré qu’il s’agit davantage d’un système, où subsistent intactes les polarités antagonistes, que d’une synthèse dans laquelle thèse et antithèse perdent leur potentialité de contradiction

C’est l’opération, l’interaction, qui engendre l’élément. Les éléments, somme toute, se présentent comme des arrêts du dynamisme, ils marquent la limite relative d’une actualisation devant la potentialisation contradictoire.

Pour Lupasco et sa logique dynamique du contradictoire, le « logique » est tout ce qui, dans le réel ou dans la pensée, a les caractères du devenir, c’est-à-dire tout ce qui existe. « Exister », ce n’est pas « être », c’est devenir.

  1. Dans la logique Aristotélicienne, l’enchainement logique des propositions conduit à la vérité à condition que les propositions de départ soient vraies. Cette logique se définit par:

a) le principe d’identité : une proposition vraie est éternellement vraie,

b) le principe de non-contradiction : deux propositions contradictoires ne peuvent être vraies ensemble,

c) le principe du tiers exclu : deux propositions contradictoires ne peuvent être fausses ensemble. Aristote ne différencie pas les deux points de vue : « Il est impossible que le même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps au même sujet et sous le même rapport ».

Il est impossible pour un même personne de concevoir en même temps que la chose est et n’est pas. L’identité stricte exclut le changement. La logique d’identité ne parvient à penser le changement qu’en l’analysant en états successifs comme le disait Tolstoï dans le Calcul extrait de Guerre et paix, comme nous le verrons dans un autre article.

     2. Pour Lupasco en revanche:

Si « e » est un évènement logique quelconque, sa négation ne signifie pas sa disparition mais sa potentialisation. Aussi loin qu’une actualisation aille dans un sens, le terme antagoniste se potentialise de plus en plus mais ne s’anéantit jamais. L’actualisation de « e » et la potentialisation de « non-e » ne sont jamais absolues. Il reste toujours une actualisation minoritaire contradictoire de l’actualisation majoritaire, un quantum du contradictoire : Le Tiers inclus. On est désormais face à une logique à trois valeurs, par opposition à la logique classique à deux valeurs: c’est la logique du Tiers Inclus Contradictoire.

Lupasco, aborde la question de la conscience élémentaire, conscience de conscience. La conscience élémentaire n’est pas consciente d’elle-même. Elle ne suppose pas l’intelligence, elle suppose seulement la vie au sens du principe d’antagonisme, où hétérogénisation et homogénéisation sont présents partout.

Ce tiers inclus, dans sa fondamentalité, n’est en aucun cas la résultante de deux identités, mais la troisième voie co-existante. Comme dans la valeur linguistique où elle est émanation de la relation signifié ~ signifiant, ou dans l’auto-organisation supramoléculaire où elle émane des relations intermoléculaires, cette troisième voie est celle du devenir, de la dynamique de l’être.

4.  Principes fondamentaux de la théorie Lupascienne [1] :

  • Si un évènement e se réalise (s’actualise), il passe d’un état potentiel à un état actuel.
  • Ipso facto, son évènement antagoniste non-e est potentialisé par l’actualisation de e.
  • Si e s’actualise, non-e se potentialise; et réciproquement: si non-e s’actualise, e se potentialise.
  • L’actualisation conduit vers l’identité, en potentialisant la non identité.

A tout phénomène ou élément ou événement logique quelconque, et donc au jugement qui le pense, à la proposition qui l’exprime, au signe qui le symbolise :     e

doit toujours être associé, structuralement et fonctionnellement, un anti-phénomène ou anti-élément ou anti-événement logique, et donc un jugement, une proposition, un signe contradictoire :     non-e

  • e ou non-e ne peuvent jamais qu’être potentialisés par l’actualisation de non-e ou e, mais jamais disparaître.
  • non-e ou e ne peuvent donc jamais se suffire à eux-mêmes dans une indépendance et donc une non-contradiction rigoureuse.[2]

La logique du contradictoire peut s’appliquer à des choses quelconques à condition qu’elles soient des dynamismes : des phénomènes, des éléments, des événements, associés à leurs « anti-phénomènes », « anti-éléments », « anti-événements ».

Ce postulat remet en question l’absoluité du principe de non contradiction (logique binaire)

Chaque état intermédiaire contient en lui-même une dynamique s’actualisant conjointe à sa dynamique antagoniste se potentialisant. [3]

Chaque degré sera donc défini par TROIS paramètres: l’actualisation, la potentialisation et le quantum d’antagonisme.[4]

Nous voyagerons entre sciences fondamentales et humaines, et tenterons de trouver la trace de ce tiers inclus au sein de concepts majeurs de disciplines de sciences humaines, fondamentales, ou artistiques, concepts émanant de relations entre polarités que nous identifierons.

Nous balaierons d’emblée la critique qui consisterait à voir dans ce travail la volonté d’établir un schéma universel de fonctionnement des systèmes ; le seul objectif étant de soulever des interrogations et de faire naître le débat.

Afin d’en faciliter la compréhension et d’éviter la dispersion du lecteur, lui épargner les recherches dans les nombreuses références bibliographiques, ce travail comporte certains importants extraits de livres ou d’ouvrages servant d’assise à la réflexion, textes repris entre guillemets. Chaque extrait sera référencé en bas de page.

[1] http://mireille.chabal.free.fr/lupasco.htm

[2]  » On ne peut pas peindre du blanc sur du blanc, du noir sur du noir : chacun a besoin de l’autre pour se révéler … « Manu Di Bango …

[3] Stéphane Lupasco, Le principe d’antagonisme et la logique de l’énergie, Ed Le Rocher, p. 9

[4]  » On ne peut pas peindre du blanc sur du blanc, du noir sur du noir : chacun a besoin de l’autre pour se révéler …  » Manu Dibango

 

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[1] Le nombre quantique est défini par 4 nombres: le principal : n, qui définit l’énergie, le secondaire : l , l’azimutal, qui définit l’orbite; le tertiaire : m, magnétique, qui définit l’orientation de l’orbite; le quaternaire : s ou spin, qui définit la rotation intrinsèque de l’électron sur lui-même.

[2] Basarab Nicolescu, Qu’est ce que la réalité ? Réflexions autour de l’œuvre de Stéphane Lupasco, Liber, p 25.

[3] Basarab Nicolescu, Qu’est ce que la réalité ? Réflexions autour de l’œuvre de Stéphane Lupasco, Liber, p 23.

[4] Basarab Nicolescu, Qu’est ce que la réalité ? Réflexions autour de l’œuvre de Stéphane Lupasco, Liber, p 23.

 

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