//Les deux principes à la base de la logique du tiers inclus

Les deux principes à la base de la logique du tiers inclus

By | 2018-01-16T19:19:47+00:00 26 novembre 2017|Logique du tiers inclus contradictoire|19 Comments

1.   Principe de CarnotClausius ou deuxième principe de la thermodynamique:

Pour un système macro-physique, il y augmentation de l’entropie, croissance du désordre, dégradation de l’énergie vers la chaleur. L’homogénéisation est le processus dirigé vers l’identique, vers une accumulation sans fin de tous les systèmes dans un même état, désordre total, vers la mort conçue comme non mouvement.

2.  Principe d’exclusion de Pauli :

Une particule est définie comme un ensemble de propriétés intrinsèques, appelées nombre quantiques[1] et une certaine énergie impulsion lui est attribuée. Les particules peuvent être classées en « fermions » comme l’électron et le proton, et en « bosons » comme le photon. Deux fermions, même s’ils ont le même nombre quantique, s’excluent pourtant mutuellement.

3.  Conséquences :

Il ne peut y avoir plus d’un fermion dans un état déterminé. Le principe de Pauli introduit donc une différence dans l’identité supposée des particules, une tendance vers l’hétérogénisation. Dans un monde qui semble voué à l’homogénisation, l’hétérogénéisation est le processus dirigé vers le différent. Le principe d’exclusion de Pauli explique les résultats de la classification périodique des éléments de Mendeléïev: c’est le principe de la différenciation de la matière, qui n’est vraiment compris que par le principe d’antagonisme.

Selon Lupasco, ces deux mécanismes d’homogénéisation et d’hétérogénéisation se trouvent dans une relation d’antagonisme énergétique, cet antagonisme est un dynamisme organisateur. La logique axiomatique de Lupasco dégage trois orientations : une dialectique d’homogénisation, une dialectique d’hétérogénisation, et une dialectique quantique. 

Il utilise le terme de tridialectique, coexistence de ces trois aspects inséparables dans tout dynamisme accessible à la connaissance.

Cette tridialectique de Lupasco, ayant sa source dans la physique quantique, constitue une grille de lecture de phénomènes d’une grande diversité. Des faits aussi éloignés de la physique quantique que les faits ethnograhiques ou anthropologiques trouvent ainsi une possibilité d’interprétation cohérente chez lui. [2]

Le principe d’antagonisme et la logique de l’énergie constituent l’ossature même de la logique quantique. Bohr demandait d’admettre à la fois A et non-A. Lupasco en est loin : il admet en même temps A et non-A. Pour Lupasco, l’énergie, dans ses constituants les plus fondamentaux, possède à la fois la propriété de l’identité et celle de différenciation. La potentialisation n’est pas une disparition, une annihilation, mais simplement une mise en mémoire du non encore manifesté. En théorie quantique, chaque observable physique a plusieurs valeurs possibles, chaque valeur ayant une certaine probabilité. Une mesure peut donc donner lieu à plusieurs résultats. Mais évidemment, seul un de ces résultats sera retenu, ce qui ne signifie pas que les autres valeurs de l’observable soient dénués de tout caractère de réalité.[3]Saussure ne disait-il pas la même chose dans sa définition de la valeur linguistique évoqué plus haut ?

Toute énergie possède des dynamismes antagonistes, ces dynamismes sont et doivent être tels que tous deux se trouvent sur les trajectoires du passage de l’actuel au potentiel et du potentiel à l’actuel, vers ou dans un état à la fois d’égale potentialisation et d’égale actualisation. La réalité possède donc selon Lupasco, une structure ternaire.

On a souvent considéré la tridialectique de Lupasco comme une variante de la dialectique de Hegel dit Basarab Nicolescu [4], en ignorant d’une part le rôle fondamental de l’état T en tant que mécanisme dynamique indépendant, et d’autre part la coexistence permanente des trois polarités distinctes et contradictoires dans chaque manifestation. Lupasco, écrit Gilbert Durand, a bien montré qu’il s’agit davantage d’un système, où subsistent intactes les polarités antagonistes, que d’une synthèse dans laquelle thèse et antithèse perdent leur potentialité de contradiction

C’est l’opération, l’interaction, qui engendre l’élément. Les éléments, somme toute, se présentent comme des arrêts du dynamisme, ils marquent la limite relative d’une actualisation devant la potentialisation contradictoire.

Pour Lupasco et sa logique dynamique du contradictoire, le « logique » est tout ce qui, dans le réel ou dans la pensée, a les caractères du devenir, c’est-à-dire tout ce qui existe. « Exister », ce n’est pas « être », c’est devenir.

  1. Dans la logique Aristotélicienne, l’enchainement logique des propositions conduit à la vérité à condition que les propositions de départ soient vraies. Cette logique se définit par:

a) le principe d’identité : une proposition vraie est éternellement vraie,

b) le principe de non-contradiction : deux propositions contradictoires ne peuvent être vraies ensemble,

c) le principe du tiers exclu : deux propositions contradictoires ne peuvent être fausses ensemble. Aristote ne différencie pas les deux points de vue : « Il est impossible que le même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps au même sujet et sous le même rapport ».

Il est impossible pour un même personne de concevoir en même temps que la chose est et n’est pas. L’identité stricte exclut le changement. La logique d’identité ne parvient à penser le changement qu’en l’analysant en états successifs comme le disait Tolstoï dans le Calcul extrait de Guerre et paix, comme nous le verrons dans un autre article.

     2. Pour Lupasco en revanche:

Si « e » est un évènement logique quelconque, sa négation ne signifie pas sa disparition mais sa potentialisation. Aussi loin qu’une actualisation aille dans un sens, le terme antagoniste se potentialise de plus en plus mais ne s’anéantit jamais. L’actualisation de « e » et la potentialisation de « non-e » ne sont jamais absolues. Il reste toujours une actualisation minoritaire contradictoire de l’actualisation majoritaire, un quantum du contradictoire : Le Tiers inclus. On est désormais face à une logique à trois valeurs, par opposition à la logique classique à deux valeurs: c’est la logique du Tiers Inclus Contradictoire.

Lupasco, aborde la question de la conscience élémentaire, conscience de conscience. La conscience élémentaire n’est pas consciente d’elle-même. Elle ne suppose pas l’intelligence, elle suppose seulement la vie au sens du principe d’antagonisme, où hétérogénisation et homogénéisation sont présents partout.

Ce tiers inclus, dans sa fondamentalité, n’est en aucun cas la résultante de deux identités, mais la troisième voie co-existante. Comme dans la valeur linguistique où elle est émanation de la relation signifié ~ signifiant, ou dans l’auto-organisation supramoléculaire où elle émane des relations intermoléculaires, cette troisième voie est celle du devenir, de la dynamique de l’être.

4.  Principes fondamentaux de la théorie Lupascienne [1] :

  • Si un évènement e se réalise (s’actualise), il passe d’un état potentiel à un état actuel.
  • Ipso facto, son évènement antagoniste non-e est potentialisé par l’actualisation de e.
  • Si e s’actualise, non-e se potentialise; et réciproquement: si non-e s’actualise, e se potentialise.
  • L’actualisation conduit vers l’identité, en potentialisant la non identité.

A tout phénomène ou élément ou événement logique quelconque, et donc au jugement qui le pense, à la proposition qui l’exprime, au signe qui le symbolise :     e

doit toujours être associé, structuralement et fonctionnellement, un anti-phénomène ou anti-élément ou anti-événement logique, et donc un jugement, une proposition, un signe contradictoire :     non-e

  • e ou non-e ne peuvent jamais qu’être potentialisés par l’actualisation de non-e ou e, mais jamais disparaître.
  • non-e ou e ne peuvent donc jamais se suffire à eux-mêmes dans une indépendance et donc une non-contradiction rigoureuse.[2]

La logique du contradictoire peut s’appliquer à des choses quelconques à condition qu’elles soient des dynamismes : des phénomènes, des éléments, des événements, associés à leurs « anti-phénomènes », « anti-éléments », « anti-événements ».

Ce postulat remet en question l’absoluité du principe de non contradiction (logique binaire)

Chaque état intermédiaire contient en lui-même une dynamique s’actualisant conjointe à sa dynamique antagoniste se potentialisant. [3]

Chaque degré sera donc défini par TROIS paramètres: l’actualisation, la potentialisation et le quantum d’antagonisme.[4]

Nous voyagerons entre sciences fondamentales et humaines, et tenterons de trouver la trace de ce tiers inclus au sein de concepts majeurs de disciplines de sciences humaines, fondamentales, ou artistiques, concepts émanant de relations entre polarités que nous identifierons.

Nous balaierons d’emblée la critique qui consisterait à voir dans ce travail la volonté d’établir un schéma universel de fonctionnement des systèmes ; le seul objectif étant de soulever des interrogations et de faire naître le débat.

Afin d’en faciliter la compréhension et d’éviter la dispersion du lecteur, lui épargner les recherches dans les nombreuses références bibliographiques, ce travail comporte certains importants extraits de livres ou d’ouvrages servant d’assise à la réflexion, textes repris entre guillemets. Chaque extrait sera référencé en bas de page.

[1] http://mireille.chabal.free.fr/lupasco.htm

[2]  » On ne peut pas peindre du blanc sur du blanc, du noir sur du noir : chacun a besoin de l’autre pour se révéler … « Manu Di Bango …

[3] Stéphane Lupasco, Le principe d’antagonisme et la logique de l’énergie, Ed Le Rocher, p. 9

[4]  » On ne peut pas peindre du blanc sur du blanc, du noir sur du noir : chacun a besoin de l’autre pour se révéler …  » Manu Dibango

 

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[1] Le nombre quantique est défini par 4 nombres: le principal : n, qui définit l’énergie, le secondaire : l , l’azimutal, qui définit l’orbite; le tertiaire : m, magnétique, qui définit l’orientation de l’orbite; le quaternaire : s ou spin, qui définit la rotation intrinsèque de l’électron sur lui-même.

[2] Basarab Nicolescu, Qu’est ce que la réalité ? Réflexions autour de l’œuvre de Stéphane Lupasco, Liber, p 25.

[3] Basarab Nicolescu, Qu’est ce que la réalité ? Réflexions autour de l’œuvre de Stéphane Lupasco, Liber, p 23.

[4] Basarab Nicolescu, Qu’est ce que la réalité ? Réflexions autour de l’œuvre de Stéphane Lupasco, Liber, p 23.

 

19 Comments

  1. jc 15 mars 2020 at 14 h 47 min

    Je formulerais votre premier principe un peu différemment comme suit. Il y a deux mouvements, l’un d’hétérogénisation, de différenciation, d’analyse, de type exclusion de Pauli pour les fermions, et l’autre d’homogénisation, d’indifférenciation, de synthèse, de type condensation pour les bosons.

    Pour moi le principe de Carnot-Clausius correspond en physique statistique à la statistique de Maxwell-Boltzmann; mais je pense préférable d’opposer les statistiques quantiques de Fermi-Dirac et de Bose-Einstein. Je verrais bien les fermions comme plutôt « en acte », « en matière formée », alors que les bosons seraient, eux, plutôt « en puissance », « en matière informe ». Le premier principe de la thermodynamique (quantique?) deviendrait alors: toute variation d’énergie fermionique est exactement compensée par une égale et opposée variation d’énergie bosonique (en sorte que l’énergie totale est constante; le deuxième principe étant: toute variation d’entropie fermionique est exactement compensée par une égale et opposée variation de l’entropie bosonique (en sorte que l’entropie totale est une constante).

    Pure spéculation d’un retraité matheux de formation initiale (troisième couteau, maintenant bien émoussé) à partir de la lecture de votre article.

  2. jc 19 mars 2020 at 14 h 49 min

    Avant propos.

    1. J’ai lu que la vocation de Lupasco lui est venue de la physique quantique naissante, et qu’il a eu immédiatement l’idée qu’elle allait révolutionner non seulement la physique, mais également la logique classique, et, plus généralement, la façon de penser le monde. Le premier enseignement de cette physique quantique est que l’objectivité, jusque là -et aujourd’hui encore- brandie fièrement par la science, était remise en cause: le sujet observant perturbe nécessairement l’objet observé (et réciproquement). Thom dit que la rationalité, au fond, n’est qu’une déontologie dans l’usage de l’imaginaire; ce que propose Lupasco, c’est de changer la déontologie qui a cours en Occident depuis Aristote. Changement de paradigme au sens kuhnien, véritable révolution¹.

    2. Pour René Thom l’intelligence est la faculté de s’identifier à autre chose, à autrui. Il précise:

    « Le dédain pour la théorie qui se manifeste dans les milieux d’expérimentateurs a sa source dans l’attitude analytique-réductionniste ; or
    pour découvrir la bonne stratégie, il faut s’identifier à l’un des facteurs permanents du système. Il faut en quelque sorte entrer « dans sa peau ». Il s’agit là presque d’une identification amoureuse. Or comment pourrait-on aimer ce qu’on a, préalablement, cassé de manière irréversible ?
    Toute la science moderne est ainsi fondée sur le postulat de l’imbécillité des choses. »

    À propos des deux principes lupasciens.

    Pour être intelligent « à la Thom » il faut essayer de se mettre dans la peau des objets quantiques. Ce n’est pas facile: comment se mettre dans la peau d’un boson de Higgs? (Comme nous sommes des êtres vivants être intelligent « à la Thom » implique que nous ne devons pas exclure de considérer que les objets quantiques le sont également en partie, et qu’ils se défendent peut-être quand nous effectuons des expériences ou des observations sur eux.)

    Dans cette ordre d’idées il est préférable -car plus facile- de s’intéresser au chat affamé de Thom qui, psychiquement, est lupascien selon Thom, puisqu’étant à la fois prédateur et proie, plutôt qu »à l’hypothétique chat de Schrödinger, également lupascien puisque simultanément
    vivant et mort.

    Dans l’idée lupascienne d’une révolution de la façon de penser le monde, il faut essayer de comprendre la psychologie des bosons et des fermions. C’est en fait facile si on consulte les fiches Wikipédia des statistiques de Bose-Einstein et de Fermi-Dirac: le plan étant qua
    drillé en carré, on jette des petites pièces de deux sortes, bosoniques et fermioniques au hasard sur le plan. Les bosons acceptent d’être plusieurs par case, les fermions non (principe d’exclusion de Pauli). On a ainsi un moyen de s’identifier, nous sujets, partiellement à ces objets quantiques: les bosons sont communistes et les fermions individualistes…(Ça colle -c’est le cas de le dire- avec les gluons -qui sont des bosons-)

    L’article Wikipédia ne manque pas de remarquer que plus le nombre de pièces est petit par rapport au nombre de cases, plus la probabilité
    d’être à plusieurs bosons dans la même case est faible: les physiciens en tirent la conclusion qu’à forte agitation thermique (?) les statistiques de Bose-Einstein et de Fermi-Dirac se diluent en la statistique de Maxwell-Boltzmann.

    Les bosons, nous disent les physiciens, sont radiatifs. Je les imagine-je ne suis pas physicien- chacun comme une onde avec sa fréquence propre, avec synchronisation de ces fréquences, comme les menstruations des jeunes filles dans un pensionnat. Aussi j’associe les bosons au féminin, au yin chinois, et a contrario les fermions au masculin, au yang; je personnalise ainsi « à la Thom ».

    De ce qui précède il suit que je suis d’accord avec Lupasco en ce qui concerne les hétérogènes fermions. Mais pour moi l’homogénisation est liée aux seuls bosons (le deuxième principe de la thermodynamique quantique est peut-être différent de son analogue classique). Et, toujours vu « à la Thom », il suit que le conflit fermions/bosons est peut-être à imaginer comme un conflit amoureux. Pures spéculations, bien sûr.

    ¹: Cf. « La structure des révolutions scientifiques » (1962)

  3. jc 28 mars 2020 at 17 h 06 min

    Après une quinzaine de jours sur ce passionnant sujet, j’ai acquis la conviction que Lupasco fait une erreur: l’homogénéisation n’est pas une entropisation. Autrement dit ce n’est pas la mort qui est de ce côté-là, la dynamique d’entropisation n’est pas une dynamique de mort mais au contraire une dynamique de vie. Et, à contrario c’est l’hétérogénéisation qui est une dynamique de mort. En termes biologiques l’homogène (stade ultime, en puissance seulement puisque Lupasco refuse qu’il soit en acte) est l’oeuf totipotent, et l’hétérogène est le résultat ultime de la différenciation, qui est la mort (ou, au mieux la perpétuelle immortalité, mais Lupasco refuse cette dernière possibilité). Ma position à ce sujet est celle de René Thom.

    Ceci pose une question importante, sinon majeure, car si ma position est la bonne alors le deuxième principe de la thermodynamique classique est en défaut. Quid des principes de la thermodynamique quantique? J’ai proposé de tels principes dans mon premier commentaire de cet article en précisant bien qu’il s’agissait de pure spéculation (je ne suis pas physicien).

    Je trouve qu’en cette affaire la position de Lupasco n’est pas nette. En effet, de ce que j’en ai lu (sur Tiersinclus.fr et Wikipédia, mes deux seules sources jusqu’à présent), c’est l’émergence de la mécanique quantique et la conviction de Lupasco que la logique quantique ne s’appliquait pas seulement au niveau de l’infiniment petit, mais à tout niveau, aurait dû, à mon avis, suspecter la réalité classique (en particulier les principes de la thermodynamique classique) au moins autant que la logique classique (la logique aristotélicienne qu’il remet entièrement en question).

    Ceci pose une question importante, sinon majeure, car si ma position est la bonne alors le deuxième principe de la thermodynamique classique est suspecté d’être en défaut. Mais, en lupascien néophyte, je n’ai que faire des principes de la thermodynamique classique. ma question est: quid des principes de la thermodynamique quantique? J’ai proposé de tels principes dans mon premier commentaire de cet article en précisant bien qu’il s’agissait de pure spéculation (je ne suis pas physicien).

  4. jc 28 mars 2020 at 18 h 15 min

    Je n’ai encore quasiment rien lu de Lupasco. Mais je pense que pour lui l’énergie cinétique est une énergie « en puissance », donc potentielle. Quand on tombe du haut d’un immeuble, le passage à ‘acte, c’est quand on s’écrase sur le sol. L’a-t-il écrit quelque part?

  5. jc 29 mars 2020 at 8 h 00 min

    J’argumente ici -d’un autre point de vue que celui développé dans un précédent commentaire- ce que je considère être une erreur (fondamentale) de Lupasco. On pourra retrouvera ce qui suit dans le PFD.9.1 (Principe Fondamental de la Démocratie), commentaire de l’article https://www.dedefensa.org/article/paroles-de-villiers

    Dans le PDF.9 je place le progrès du côté de la mort. Et je donne comme exemple de mort la démonstration d’une conjecture, problème ouvert qui se referme et qui va prendre sa place dans la bibliothèque-musée des théorèmes (ainsi appelle-t-on les conjectures prouvées). Le problème est mort, il ne vit plus, il est devenu immortel. Et quasiment tous les matheux considèrent que c’est ça le but des matheux et le progrès des maths. Quasiment tous mais pas tous. Au moins Thom et Grothendieck font exception car il se sont aperçus qu’il faut bien qu’il y en ait à proposer des conjectures pour donner du travail aux « problem solvers », aux tâcherons¹, voire pour ne pas leur en donner².

    Comment différencier le progrès au sens moderne et le progrès au sens traditionnel? Le progrès au sens moderne est de l’ordre de l’analyse -une lyse en médecine est une déstructuration-, « divide and conquer », réductionnisme en science, etc., en bref déchaînement de la matière. Le progrès au sens « tradi » c’est tout le contraire, c’est une synthèse. La définition de ce progrès-là est joliment formulée dans la citation suivante, chère à PhG, faite à plusieurs reprises dans « La Grâce de l’Histoire », due à un certain Daniel Vouga, à propos de Maistre et Baudelaire:

    « Progresser, pour eux, ce n’est pas avancer, ni conquérir, mais revenir et retrouver…[…] Le progrès, donc, le seul progrès qui vaille, consiste à retrouver l’Unité perdue. »

    Le progrès vers la mort contre le progrès vers la vie. Dès notre naissance nous progressons vers la mort. Pourquoi nous presser?

    ¹: Grothendieck: « J’étais le seul à avoir le souffle, mes élèves n’étaient que des tâcherons. » (cité de mémoire)

    ²: Thom: « Dans sa confiance en l’existence d’un univers idéal, le mathématicien ne s’inquiétera pas outre mesure des limites des procédés formels, il pourra oublier le problème de la non-contradiction. » (AL, p.561)

  6. jc 29 mars 2020 at 9 h 21 min

    J’argumente encore d’un autre point de vue. Lorsqu’on met quatre pommes dans le même sac, quand on écrit 1+1+1+1=4, on homogénéise, et on pense cette homogénéisation comme une perte d’information, une désinformation, qui conduit, si réitérée, à l’informe, à la mort. C’est, j’imagine, ce que pensait Lupasco, qui a associé le terme d’entropie à cette dynamique d’homogénéisation (il aurait pu forger à l’époque le néologisme(?) d’entropisation).

    Mais lorsqu’on pense le problème « à la Lupasco » on se dit au contraire que 4 est une néguentropisation de 1+1+1+1 parce que 4 c’est « en puissance » non seulement 1+1+1+1, mais aussi 1+1+2, 3+1, etc., 4 est potentiellement beaucoup plus riche que 1+1+1+1.

    A contrario une hétérogénéisation ne doit donc pas, selon moi, être considérée comme une néguentropisation conduisant à la vie mais, au contraire, comme une lyse, une déstructuration. Exemple typique: l’oeuf (de poule par exemple). On peut le déstructurer de plusieurs manières, la plre étant sans doute de le laisser pourrir, mais on peut l’écraser, le cuire en omelette, etc. Il est clair que la déstructuration minimale consiste à le faire féconder par un coq. Ça se termine aussi apparemment par la mort, mais, plus au fond, ça perpétue la vie.

    Pour cette raison j’ai déjà proposé (ici?), et je propose toujours, de remplacer hétérogénéisation par différenciation et, par analogie entre différenciation et différentiation (un « t » à la place d’un « c »), l’homogénéisation par l’intégration (en maths différencier -dériver- et intégrer sont des opérations réciproques). (Je signale ici que cette analogie différenciation embrylologique/différentiation mathématique -pour moi génialissime- est à la base d’une théorisation thomienne de la morphogenèse (biologique mais pas que): « Expliquons de manière assez élémentaire le mécanisme formel qui, à mes yeux, commande toute morphogenèse, par l’analogie suivante entre le développement d’un embryon d’une part, et une série de Taylor à coefficients indéterminés, d’autre part. » (Stabilité structurelle et morphogenèse, 2ème ed. p.32) )

    La fonction indéfiniment différentiable mais indifférentiée joue le rôle de l’oeuf fécondé totipotent, « en puissance » (du Dieu/Déesse tout puissant en théologie), alors que la fonction développée en série de Taylor joue le rôle du coq-poule hermaphrodite adulte et immortel, « en acte » (du Dieu/Déesse en « acte »…).

    Les matheux auront noté que le passage de la puissance à l’acte par différentiation et le passage inverse de l’acte à la puissance par « intégration » se fait « sans perte » pour les fonctions dites analytiques (ex: 1/(1-x)=1+x+x²+x³+… ,quoiqu’il y ait déjà, dans ce cas simple, des problèmes liés à la singularité x=1).

    Je termine avec un autre point sur lequel je ne suis pas d’accord avec Lupasco; lorsqu’il écrit que la puissance et l’acte ne sont jamais purs (il reste toujours dans tout acte un zeste de puissance et dans toute puissance un germe d’acte. C’est un évidence pour les matheux, habitués à se mettre à la place de Dieu pour se fixer les idées (je crois profondément qu’il est impossible de penser si on ne se fixe pas les idées -d’où, pour moi, l’intérêt quasi-impératif de modèles archétypes). ainsi les matheux n’hésitent pas à actualiser les entiers naturels dans un ensemble infini qu’ils notent N et qu’ils comprennent comme le plus grand des entiers, bien que ce « nombre » soit inaccessible à partir de 1 en répétant l’opération +1, +1,+1, etc.

    Ainsi les matheux considèrent, en général, que 1/2+1/4+1/8+1/16+… jusqu’à l’infini vaut 1 « en acte pur » et non pas seulement « en puissance », c’est-à-dire tend vers 1 quand le nombre de terme tend vers l’infini. Pour ces matheux bienheureux les paradoxes de Zénon n’en sont plus.

  7. jc 29 mars 2020 at 9 h 42 min

    On peut, je crois, reconsidérer ainsi le rôle des fermions mis par Lupasco « du côté de la vie », et donc, par moi, « du côté de la mort. » D’un point de vue biologique -je ne suis pas du tout biologiste- je vois une différenciation cellulaire comme une spécialisation de cellule totipotente, celle qui peut tout. Et je vois pareillement les fermions comme des spécialisations des bosons (je ne suis pas physicien non plus), comme des bosons qui ont brisé des symétries (apparition de nombre de spin demi-entiers). Pour moi qui, systématiquement, essaye de genrer ma pensée, le boson est féminin et le fermion est masculin, le fermion c’est XY, c’est un boson XX dont le deuxième X a perdu une patte.

    Avec ces considérations au ras des pâquerettes, je mets les bosons plus du côté de la vie que les fermions. Pauvres de nous, les gonzes, nous sommes déjà, dès la naissance, plus morts que les gonzesses.

  8. jc 29 mars 2020 at 10 h 10 min

    Je trouve que la dernière phrase de mon précédent commentaire s’accorde très bien avec la citation lupascienne suivante, extraite du chaptitre « Affectivité » de « L’énergie et la matière psychique »:

    « Je me souviens d’un de mes amis, volage et cynique, aux conquêtes multiples, loin de toute préoccupation familiale, qui murmurait à sa partenaire durant l’accouplement: « Je veux t’engrosser, je veux t’engrosser; » L’idée du foetus augmentait le paroxysme de son affectivité, comme une réponse pathétique et spasmodique à la question: « Mors, ubi es victoria tua? »

  9. jc 29 mars 2020 at 13 h 04 min

    Au début de son article « Valeurs logiques et contradiction » Lupasco écrit:

     » Le géométrique, selon l’exemple que donne M. A. Reymond lui-même, ne possède pas, dans le corps même de la science constituée, d’antigéométrique. »

    Pour moi, sans hésiter, l’antigéométrie est l’arithmétique, et la reine des disciplines mathématiques est la géométrie arithmétique des pythagoriciens, étendue maintenant à la géométrie algébrique, différentielle, analytique, etc.

    Le géomètre professionnel qu’a été René Thom a cherché toute sa vie à géométriser la mécanique quantique:
    « Ce problème d’une interprétation géométrique de la mécanique quantique n’a cessé de me hanter. » (1990) Peut-être est-ce parce qu’il faut l’attaquer par l’autre bout, par l’arithmétique, comme le suggère la brillante classification périodique de Mendeleev? L’emploi du terme quantique le suggère fortement. Pythagore est connu comme le premier occidental à avoir commencé à théoriser la musique. Les bosons à l’unisson (spin entier), le fermions à l’octave (spin demi entier), d’autres « particules » à découvrir à la quinte, la quarte et la tierce? Pure spéculation, bien sûr.

    Les rapports de l’arithmétique et de la géométrie sont fascinants (cf. par exemple le problème de Kac). Déjà dans les rapports de Caïn le sédentaire et Abel le nomade (cf. Guénon, « Le règne de la quantité… », chap XXI: « Caïn et Abel »):

    « il y a ceci de remarquable, que, parmi les facultés sensibles, la vue a un rapport direct
    avec l’espace, et l’ouïe avec le temps : les éléments du symbole visuel s’expriment en
    simultanéité, ceux du symbole sonore en succession ; il s’opère donc dans cet ordre
    une sorte de renversement des relations que nous avons envisagées précédemment,
    renversement qui est d’ailleurs nécessaire pour établir un certain équilibre entre les
    deux principes contraires dont nous avons parlé, et pour maintenir leurs actions
    respectives dans les limites compatibles avec l’existence humaine normale. Ainsi, les
    sédentaires créent les arts plastiques (architecture, sculpture, peinture), c’est-à-dire
    les arts des formes qui se déploient dans l’espace ; les nomades créent les arts
    phonétiques (musique, poésie), c’est-à-dire les arts des formes qui se déroulent dans
    le temps ; car, redisons-le encore une fois de plus à cette occasion, tout art, à ses
    origines, est essentiellement symbolique et rituel, et ce n’est que par une
    dégénérescence ultérieure, voire même très récente en réalité, qu’il perd ce caractère
    sacré pour devenir finalement le « jeu » purement profane auquel il se réduit chez nos
    contemporains. »

  10. jc 1 avril 2020 at 8 h 43 min

    J’avoue ne pas comprendre Lupasco. Quand il associe l’hétérogénéisation au fermion grâce au théorème d’exclusion de Pauli, ce que je trouve tout-à-fait génial, je ne comprend pas pourquoi il n’associe pas automatiquement, pavloviennement, l’homogénéisation au boson, Le boson comme non-fermion, le quanton(?) comme T lupascien de cette opposition, Le boson temporel, synchronique, cyclique, le fermion spatial, diachronique, convectif. Saussure quanton, Tesnière boson, Chomsky fermion?

  11. jc 3 avril 2020 at 9 h 48 min

    Je reviens encore une fois sur l’idée « princeps » de Lupasco selon laquelle « l’hétérogénéisation c’est la vie » (et donc « l’homogénéisation c’est la mort »), en y mêlant une autre idée « princeps » selon laquelle il n’y a jamais d’acte pur ni de puissance pure, et en y mêlant également son idée de T, de tiers inclus.

    L’expression même « l’hétérogénéisation c’est la vie » est incompréhensible par l’apprenti lupascien que j’essaye d’être, parce qu’elle identifie un concept dynamique, l’hétérogénéisation, et un concept statique, la vie; la situation est pour moi la même qu’entre acte et actualisation et entre potentiel et potentialisation.

    Pour moi penser exige de manière essentielle de penser d’abord des concepts-points-d’ancrage considérés comme statiques: puissance, acte, matière, forme, bien, mal, vrai, faux, etc. Puis des concepts dynamiques: homogénéisation, hétérogénéisation, etc. qui relient ces concepts statiques. Même si les concepts-points-d’ancrage sont inaccessibles en fait, ce que Lupasco érige en principe, il est à mon avis incontournable de se placer dans la situation où ils le sont. (Ainsi les matheux considèrent que l’ensemble N des nombres entiers est lui-même un nombre entier qui est le plus grand des nombres entiers inaccessible depuis « la France d’en bas » (nombre entier transcendant).)

    On voit tout de suite qu’il est pratiquement incontournable d’opposer les concepts-points-d’ancrage par paires, et, pour dynamiser la chose -idée « princeps » qui gouverne la logique lupascienne-, qu’il est pratiquement nécessaire de considérer chaque concept comme une source ou comme un puits. Dans le cas qui nous intéresse ici les concepts-points d’ancrage sont « vie » et « mort », avec évidemment la vie comme source et la mort comme puits. En plaçant sur un cercle la Vie au Nord et la Mort au Sud et en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre, on a côté Est la dynamique d’hétérogénéisation et côté Ouest la dynamique d’homogénéisation. Sur ce schéma le point cardinal « Est » représente, il me semble, le T du tiers inclus lupascien de l’être « dans la plénitude de l’âge adulte ».

  12. jc 4 avril 2020 at 17 h 37 min

    En route vers la logique lupascienne? (Je ne connais cette logique qu’à travers ce site et la fiche Wikipédia de Lupasco.)

    La logique lupascienne est multivaluée et dynamique (Lupasco y insiste). Mais compte tenu de mon précédent commentaire il faut d’abord se donner un cadre de pensée fixe, et donc en particulier un cadre logique fixe, « en acte », et sans doute une autre logique fixe, « en puissance », ainsi qu’une troisième logique fixe, une T-logique. La logique de George Boole peut être, je crois, considérée comme une logique médiane entre puissance et acte, comme une T-logique fixe.

    G. Boole a ouvert une voie avec les règles d’une logique bi-valuée, ne pouvant prendre que les valeurs 1 (« Vrai ») et 0 (« Faux »), l’implication ayant une interprétation (sémantique) douteuse puisque vraie dès que l’hypothèse est fausse. C’est pourtant cette logique qui, paraît-il, « trouve de nombreuses applications en informatique et dans la conception des circuits électroniques. Elle fut utilisée la première fois pour les circuits de commutation téléphoniques par Claude Shannon. » (Wikipédia)

    Généraliser l’algèbre de Boole bivaluée aux algèbres (encore appelées « de Boole ») multivaluées est syntaxiquement très facile: il suffit de prendre un ensemble E, pour fixer les idées à 5 éléments, et de munir l’ensemble des parties de cet ensemble -qui en compte 32- d’une structure l’algèbre de Boole en prenant l’ensemble vide pour « Faux », l’ensemble E pour « Vrai », le complémentaire pour le « non », l’intersection pour le « et » et la réunion pour le « ou ». Mais le défaut signalé plus haut pour l’implication persiste. Et de plus on voit que le « et » n’est pas du tout lupascien parce qu’il tient seulement compte des valeurs de vérité des deux entités A et B, parties de l’ensemble E en conflit, sans tenir compte de non-A et de non-B. La logique multivaluée de Boole ci-dessus, logique fixe médiane entre puissance et acte, est donc une mauvaise candidate pour être une T-logique au sens de Lupasco bien qu’elle soit multivaluée.

    On pallie à ce défaut en considérant un « et » plus complet: au lieu de l’intersection de A et B on considère la réunion de l’intersection de A et B (l’ancien « et » de G. Boole) et de l’intersection du complémentaire de A et du complémentaire de B qui font donc rentrer dans le nouveau « et » les non-A et non-B exigés par Lupasco. Et on en profite pour modifier le « ou » de G. Boole, désagréable à interpréter (sémantiquement) parce qu’il n’est pas exclusif, en remplaçant justement par le « ou » exclusif donné par la différence symétrique ( http://www.math15minutes.fr/comprendre-la-difference-symetrique-de-deux-ensembles/ ) qui fait rentrer en jeu non-A et non-B exigés par Lupasco.

    Ce modèle n’est pas acceptable, même comme T-logique lupascienne « centrale », parce que, par définition de la négation, A et non-A n’ayant rien en commun, ils ne peuvent se recouvrir pour former le tiers inclus exigé par Lupasco. Mais ces quelques lignes montrent qu’on s’éloigne déjà nettement du modèle booléen qui a encore cours en logique « classique » (mathématique et aussi technologique). Il faut s’en éloigner encore plus pour satisfaire aux exigences de Lupasco qui ne s’intéresse pas à la vérité mais, ai-je cru comprendre, qui s’intéresse avant tout au sens des enchaînements logiques. (Relire l’article de Claude Plouviet à ce sujet: « L’identité stricte exclut le changement. La logique d’identité ne parvient à penser le changement qu’en l’analysant en états successifs. »)

  13. jc 6 avril 2020 at 18 h 43 min

    Je « valide » ici mon commentaire du 04/04.
    En remplaçant l’union ensembliste (qui correspond au « ou » des logiciens classiques) par la différence symétrique ou union exclusive¹ (qui correspond au « ou exclusif ») et l’intersection ensembliste (qui correspond au « et » des logiciens classiques) par l’intersection inclusive² qui est le dual de la différence symétrique obtenu en échangeant les rôles de l’intersection et de la réunion dans la définition de cette différence, on obtient une algèbre dans laquelle une partie et son complémentaire (en logique un énoncé et sa négation) interviennent symétriquement, conformément aux idées de Lupasco. Ces algèbres sont différentes des algèbres de Boole parce que le 0 de l’algèbre n’est pas en général* absorbant pour l’intersection inclusive (et le 1 n’est pas absorbant pour la réunion exclusive). (* Cette algèbre coïncide avec l’algèbre de Boole lorsque l’ensemble est réduit à un seul élément, l’algèbre de Boole ayant alors deux éléments 0 et 1 (qui correspondent au Faux et au Vrai logique)).

    Ces algèbres ont peut-être été étudiées. Mais si ce n’est pas le cas ou si c’est le cas après les travaux de Lupasco sur le sujet, il me semble clair qu’elles devront rester dans l’histoire des sciences comme les algèbres de Lupasco. Et peut-être en bonne place, parce que le fait que 0 ne soit pas absorbant en général (algèbre {0,1} seule exception?) élimine l’irritant hiatus de l’implication en logique classique qui attribue la valeur « Vrai » à toute implication dont la prémisse est « Faux ».

    ¹: AΔB := A∪B ∩ A°∪B°
    ²: A∇B := A∩B ∪ A°∩B°

  14. jc 7 avril 2020 at 12 h 17 min

    En logique classique (pour les matheux…), c’est-à-dire booléenne, l’expression « Ce drapeau est bleu-nuit ou noir » ne choque pas parce que le bleu-nuit et le noir sont proches dans l’ensemble des impressions de couleur. Mais « Ce drapeau est noir ou blanc » choque parce que le noir et le blanc sont des extrêmes dans cet ensemble. Par contre il n’y a plus rien de choquant si on remplace le « ou » inclusif usuel par le « ou » exclusif, « ce drapeau est noir ou blanc » a un sens parfaitement clair avec ce « ou » exclusif puisque la phrase signifie alors exactement « ce drapeau est soit noir soit blanc ».

    Passons maintenant au « et » classique. L’expression « Ce drapeau est noir et bleu-nuit » n’est pas choquante » mais « ce drapeau est noir et blanc » l’est en logique booléenne, mathématique, parce que le « et » y est exclusif, alors que la même expression est tout-à-fait acceptable en langage courant (en particulier pour les bretons et leur Gwenn ha du). Cela montre encore mieux que la bizarrerie de l’implication en logique booléenne signalée dans mes deux précédents commentaires est ici renforcée par la bizarrerie du « et » exclusif et conduit à répondre par la négative à la question de l’adéquation de la logique booléenne comme loi de pensée: « The laws of thought » de George Boole (1854) formalisent-elles correctement les lois de la pensée humaine? Et cela pose alors la question: y-a-t-il des lois formelles de la pensée plus en rapport avec la pensée humaine « naturelle »?

    Il y a des entrées « ou exclusif » et « exclusive or » dans Wikipédia, mais rien sur « et inclusif » et « inclusive and ». Or il me semble naturel de penser que l’expression « Ce drapeau est noir et blanc » s’interprète de façon tout-à-fait correcte en logique lupascienne (et de même « ce drapeau est bleu et blanc et rouge »). Révolution dans la logique formelle (mathématique)?

    René Thom (encore lui) a consacré une partie de son article « Les mathématiques modernes: une erreur pédagogique et philosophique? » (Apologie du logos), partie dans laquelle il traite des rapports du « ou » et du « et » formels et naturels (c’est-à-dire, pour lui, des rapports du logique et du morphologique). Il y écrit à propos de l’enseignement de la logique booléenne à l’école: « C’est en effet une contrainte fondamentale de la pensée juste que d’éviter le mélange de champs sémantiques disjoints; ce mélange a un nom: le délire. »

    Le « et » inclusif et les algèbres de Lupasco connaîtront-ils le sort du « et » exclusif et des algèbres de Boole? Avant de tenter une réponse, la première chose à faire est de les étudier.

    NB: Je suis tombé sur l’entrée wikipédiesque « Clusivity » https://en.wikipedia.org/wiki/Clusivity (je n’ai pas trouvé d’entrée en français) Un rapport avec la logique lupasciennne?

  15. jc 8 avril 2020 at 15 h 02 min

    Principe du tiers inclus?

    À propos de la notion duale -le principe du tiers exclu- j’ai trouvé une pépite dans l’entrée « Ensemble vide » de Wikipédia:
    https://fr.wikipedia.or/wiki/Ensemble_vide#Le_point_de_vue_intuitionniste

    « On dit, par définition, qu’un ensemble est habité s’il a au moins un élément. Par conséquent: un ensemble habité est non vide.
    Sa réciproque s’énonce ainsi: un ensemble non vide est habité, et peut se formuler: un ensemble qui n’est pas ∅ possède au moins un élément. Affirmer son équivalence à « un ensemble habité est non vide » nécessite le tiers exclu et n’est donc pas valide en logique intuitionniste. On a d’ailleurs le théorème: « le principe du tiers exclu est équivalent à l’affirmation: tout ensemble non vide est habité. »

    On remarque que le principe du tiers exclu « tout ensemble non vide est habité » s’interprète « à la Lupasco », un ensemble non vide étant un ensemble « habité en puissance », et, bien entendu, un ensemble habité étant un ensemble « habité en acte » (et un ensemble vide un ensemble « inhabité en acte »?).

    En logique de co-Heiting (alias de Brouwer) on sait que le principe du tiers exclu est valide (et que c’est le principe de non-contradiction qui peut être violé). Dans cette logique (et dans la logique booléenne qui en est un cas particulier) il y a équivalence entre les deux possibilités (non vide « en puissance » et non vide « en acte »), et il est donc possible d’imaginer des dynamiques faisant passer de la puissance à l’acte et de l’acte à la puissance, avec éventuel échange d’énergie.

    Lupasco a-t-il formulé un principe du tiers inclus? Dans la négative, y aurait-il une formulation plausible dans le cadre ensembliste, et, si oui, laquelle?

  16. 90 8 avril 2020 at 16 h 20 min

    En réf. 1 avril 8h43  » Le boson temporel, synchronique, cyclique »
    ———————————————-
    Q: Ne searit-ce pas le contraire ? spatial ce qui est duplicatio, synchronique, cyclique et « temporel » ce qui est tranché, inhabituel, imprévu

  17. 90 8 avril 2020 at 16 h 28 min

    En réf. 3 avril 9:48
    Q: La vie ne serait-elle pas, à plus de 90-95% ni hétérogénéisation ni homogénéisation mais la « circulation-bâtisseuse » — mi-créative et mi-pratique, courante comme une rivière, naturelle entre les balises colorées, symbolisées résultatant des deux gammes de fonctions précitées, hétérogénéisation (séparation, distinction, mise à l’écart) et homogénéisation (normalisation, regroupement, mobilisation planifiable et planifiée) ?

  18. 90 8 avril 2020 at 16 h 52 min

    En réf. 3 avril 9:48
    Extrait « concepts-points-d’ancrage considérés comme statiques: puissance, acte, matière, forme, bien, mal, vrai, faux, etc »
    Huit termes. Question: Les deux premiers ne seraient-ils pas à remplacer par qelquechose dans le genre « Puissance potentielle »
    (au compteur, en sortie de bobinage) et, d’autre part, « ActVerbes possibles par X ou Y » à se saisir ou à combattre.
    A ce stade le Codex_Gectis exposent deux ensembles de séries d’ActVerbes.
    En ƆIéCiRé (Adrej) 2 + 12 séries : VèCé_A, VéCé_B (Meta_A, Meta_B) et C1 à C12
    En ƆIéCiRé (Ubakj) 2 + 12 séries : VèCé_A, VéCé_B (Meta_A-Ubak, Meta_B-Ubak) et C1-Ubak à C12-Ubak

    Puissance Potentielle n’y aurait-il rien dans le Codex ? Ce serait étonnant
    Q: Serait-ce le potentiel des geoNiveaux – Elections dodéales au niveau des communes (36000) puis au niveau des soenTerres (cantons, douze 25×25 km par odgRégion), odgRégions également 36 duos F&H pour D1 à D30. , Régions Gectis en France Idem
    1er Dim d’ Octobre : les communes • 1er dim de Novembre : les odgRégions • 1er dim de Décembre : Les 12 Régions Gectis en France. Je vais écrire là-dessus, la façon dont les assoces shacrei à l’objet social lié à l’une des 12 formes de souveraineté C1 à C12 présententy leurs candidats. Il faut que l’IHM constitutionnel structure d’emblée les ‘N’ listes de candidaturespar Pilier D1 à D30. En effet le citoyen qui parcoure l’IHM (les listes) ne doit pas avoir à faire un Search avec un moteur de recherche. S’il veut en avoir fini rapidement tout en se souvenant de son parcours il doit pouvoir parcourir l’arborescece de façon linéaire —- lire successivement les CV et références professionnelles des uns et des autres — pouvoir se souvenir exactement où il s’est arrêt. Le citoyen peut être interrompu ou avoir envie de faire une pause.

  19. 90 8 avril 2020 at 17 h 32 min

    3 avril 2020 at 9 h 48 min – Points d’ancrage
    ———————–
    Ce sont les meilleurs symboles (modèles avec savoir-être et/ou savoir faire, procédé) encore vivants (on peut l’espérer)
    = Mémoires Vivantes. Ce sont les balises. Suggestifs synthétiques, colorés, ils sont inspirateurs, motivants.
    Ils rappellent un chant, une poésie, un JéiChu.

    90 c’est ƀ𐩔

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