//Bachelard. L’air et les songes . Le vol de l’alouette

Bachelard. L’air et les songes . Le vol de l’alouette

By | 2018-01-26T22:12:23+00:00 22 janvier 2018|Littérature|0 Comments

Thème du tiers inclus: La poésie accueille le génie scientifique à l’origine de  la logique du tiers inclus Lupascien. Dans l’espace poétique, l’alouette est un corpuscule invisible qu’accompagne une onde de joie.  Bachelard évoque l’abstraction, fruit de l’imagination dynamique, tiers inclus dynamique des formes et des mouvements.

Déjà, à quelques mètres du sol, l’alouette poudroie dans la lumière du soleil : son image vibre comme ses trilles, on la voit se perdre dans la clarté.

De nombreux poètes ou écrivains n’ont pu rester insensibles au reflet du bonheur ce cet univers en expansion, univers qui grandit en chantant.

Bachelard en dresse l’inventaire dans « L’air et les songes » dont certains extraits sont reproduits ci-dessous.

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Lupasco, dans Le principe d’antagonisme et la logique de l’énergie, s’est dressé contre les trois principes de non contradiction, d’identité et de tiers exclus, ce que ni Descartes, ni Kant, ni Hegel n’avaient osé. Lupasco a montré que la dualité onde ~ corpuscule était logiquement contradictoire. Selon lui, les relations d’indétermination de Heisenberg et le théorème de Gödel, tout comme la dualité onde ~ corpuscule s’inscrivaient le plus naturellement dans sa logique.

Bachelard s’inscrit dans cette logique: non absolutisation des polarités onde ~ corpuscule ; tiers inclus émanant de leur relation, porteur d’un degré variable d’actualisation et de potentialisation de l’une et de l’autre, dynamique du devenir, lui même jamais absolutisé.

Dans l’air et les songes, au chapitre de la poétique des ailes [1], Bachelard évoque l’abstraction, fruit de l’imagination dynamique, résistant à la pluralité des formes et des mouvements.

Ce qui est beau, primitivement chez l’oiseau, nous dit-il, c’est le vol. Pour l’imagination dynamique, le vol est une beauté première [2]. On ne voit la beauté du plumage que lorsque l’oiseau se pose à terre, lorsqu’il n’est plus pour la rêverie, un oiseau. Vol et parure, mouvement et parure, sont séparés par une dialectique imaginaire. Les images poétiques unissent les images du mouvement et celles de la forme sans les actualiser. Elle ne serait ainsi qu’image littéraire pure, abstraction d’une réalité métaphorique.

Le paon est quant à lui un oiseau éminemment terrestre.

Bachelard nous rappelle les caractères de l’expression poétique: « Précisez un peu trop une image triviale, vous faites rire. Enlevez un peu de précision à une image triviale et ridicule, vous faites naitre une émotion poétique [3]. » Excluant ainsi, dans le cadre de l’expression poétique l’actualisation des polarités qui la constituent.

L’imagination ne peut être confondue avec conceptualisation car l’image fondamentale du vol serait alors contaminée par le concept d’oiseau[4]

Pour un rêveur, la réalité du vol efface celle de l’oiseau.

Le corps de l’oiseau est fait de l’air qui l’entoure, sa vie est faite du mouvement qui l’emporte. L’imagination étant à la fois matérialiste et dynamiste n’est nullement chosiste. Elle ne dessine pas, elle vit des valeurs abstraites [5].

Il évoque ainsi l’alouette [6] :

Perdue dans la hauteur et le soleil, l’alouette ne peut exister pour l’œil du peintre, elle est trop petite pour être à l’échelle du paysage. Décrire l’alouette, c’est fuir la besogne descriptive et trouver une autre beauté que la beauté descriptible. Ainsi, l‘alouette, qui joue un si grand rôle dans la littérature, ne peut figurer dans les paysages du peintre.

Adolphe Ressé (Œuvres complètes, t.1, p.30) : «  Et puis, écoutez, ce n’est pas l’alouette qui chante… c’est l’oiseau couleur d’infini.» Son cri n’est pas délivrance, il est tout de suite liberté.[7] (p110)

A quelques mètres du sol, l’alouette poudroie déjà dans la lumière du soleil : son image vibre comme ses trilles ; on la voit se perdre dans la clarté.

Afin d’accueillir les enseignements récents du génie scientifique dans la poétique, Bachelard nous dit : « Dans l’espace poétique, l’alouette est un corpuscule invisible qu’accompagne une once de joie ».

L’alouette peut être décrite par un effort de l’imagination dynamique, partie vibrante de notre être, on ne peut pas la décrire formellement dans le règne de la perception des images visuelles.

Vous perdrez votre temps à surprendre ce monde sans son origine, alors qu’il vit déjà dans son expansion. Vous perdez votre temps à l’analyser, alors qu’il est synthèse pure de l’être et d’un devenir – d’un vol et d’un chant. Le monde qu’anime l’alouette est le plus indifférencié de l’univers.

«  Oiseau tu ne le fus jamais, ô toi, esprit joyeux. »

 

Si Michelet tente de décrire sa forme et sa couleur, il en vient vite à un portrait moral « L’alouette est maintenant et restera à jamais une personne », Toussenel lui la politise : « L’alouette porte le manteau gris, la triste livrée du travail, du travail des champs, le plus noble, le plus utile, le moins rétribué, le plus ingrat de tous… » Symbolisme moral pour Michelet, symbolisme politique pour Toussenel, l’alouette est l’oiseau du symbolisme cosmique, d’une autre beauté que la beauté purement descriptible.

Jules Renard (Histoires naturelles, L’alouette) l’évoque ainsi : « Je n’ai jamais vu d’alouette et je me lève inutilement avant l’aurore. L’alouette n’est pas un oiseau de la terre… Mais écoutez comme j’écoute. Entendez-vous quelque part, là-haut, piler dans une coupe d’or des morceaux de cristal ? Qui peut me dire où l’alouette chante ? … L’alouette vit au ciel, et c’est le seul oiseau du ciel qui chante jusqu’à nous.

Maurice Blanchard par le jeu et le heurt des images arrachées à leur lourde gangue donne en quelques lignes tout le surréalisme de l’alouette : « De stridentes alouettes se brisèrent sur un miroir et depuis, ce sont des fruits qui chantent l’Alleluia. Leurs gorges transparentes sont devenues des points noirs perdus dans l’ivoire des vertèbres. Un cri de vitrier les rendit à leur plumage de cristal.[8] 

Il y a un sens à parler d’alouette pure, de poésie pure. Les objets purs transcendent les lois de la représentation et ne peuvent accepter de tâches descriptives, de tâches assignées. Bachelard fait de « l’alouette pure… le signe d’une sublimation par excellence ».

 

Il nous rappelle en cela Edouard Glissant : « La poésie est le seul récit du monde et elle discerne ces présences et elle rajoute aux paysages et elle relève et relie les diversités elle devine et nomme ces différences et elle ouvre tellement longuement sur nos consciences et elle ravive nos intuitions. Au long de ce temps qui nous concerne et passe pour nous, elle désigne et elle accomplit cette quantité (des différences) qui se réalise et qui fournit au mouvement et donne vie à l’indéfinissable et à l’inattendu.[9] »

 

Selon Shelley, l‘alouette pure est une somme de la joie du sujet et de la joie du monde, un objet poétique pur absorbant tout à la fois le sujet et l’objet dont il annihile l’’absolutisation. Elle est le tiers inclus, bonheur dynamique et transcendance d’un univers en expansion, une sublimation. En chantant l’espérance, l’alouette la crée. Dans A une alouette, on retrouve l’inimitable envol Shelleyen, inspiré et débordant d’allégresse et de musicalité. Ce poème est un véritable hymne à la joie et à la liberté. Shelley, mieux que nul autre, a chanté l’invisibilité cosmique et joyeuse de l’alouette, une joie sans corps. (To a skylark). 

Like an unbodied joy whose race is just begun.

Comme un nuage de feu, elle donne des ailes à la profondeur bleue. Pour l’alouette shelleyenne, la chanson est essor et l’essor est chanson, elle est une flèche aiguë qui court dans la sphère d’argent.

 

L’alouette défie toutes les métaphores des formes et des couleurs. Le poète, « caché dans la lumière de la pensée », ne sait pas les harmonies que l’alouette lance « à tous les carrefours du ciel » (Toussenel) :

 

Ce que tu es, nous ne le savons pas ; et Shelley écrit :

« Enseigne-nous, esprit ou oiseau,
quelles douces pensées sont les tiennes.
Je n’ai jamais entendu
une louange d’amour ou une louange d’ivresse qui projette un flot palpitant de ravissement si divin. »

Elle n’exprime pas la joie de l’univers, elle la projette. En écoutant l’alouette l’imagination se dynamise de part en part, aucune langueur ne peut subsister, aucune ombre d’ennui. Cette ombre que Shelley appelle ombre « d’annoyance » ou de mélancolie (shadow of annoyance)n’est-elle pas l’ennui nostalgique qui dort encore dans un vieux mot de France passé dans une langue étrangère ?

 

Qui n’a ressenti cette « annoyance », dans la solitude d’une plaine éclairée par le soleil d’un froid matin ? Un seul chant d’alouette efface cet ennui nostalgique.

Le cosmisme de l’alouette éclate dans cette strophe :

« What objects are the fountains 
Of thy happy strain ?
What fields, or waves, or mountains ? 
What shapes of sky or plain ?
What love of thine own kind ? what 
ignorance of pain ? »

Aussi l’alouette nous parait le modèle même de ce romantisme de la joie  qu’est la poétique de Shelley, l’idéal de l’air vibrant qu’on ne saurait dépasser.

Si tu m’enseignais la moitié de la joie
Que ton cerveau doit connaitre,
Une si folle harmonie coulerait
De mes lèvres
Que le monde écouterait, alors que je ne suis
Qu’un être écoutant.

On comprend dès lors les premiers vers du poème :

« Oiseau, tu ne le fus jamais ! … ô toi, esprit joyeux. »

 

L’être réel ne nous apprend rien, l’alouette est « pure image », pure image spirituelle, qui ne trouve sa vie que dans l’imagination aérienne comme centre des métaphores de l’air et de l’ascension.

 

Nous voyons qu’il y a un sens à parler d’une « alouette pure » dans le sens même où l’on parle d’une « poésie pure ».

 

La poésie pure ne peut accepter de tâches descriptives, de tâches assignées dans l’espace peuplé de beaux objets. Ses objets purs doivent transcender les lois de la représentation.

 

Un objet poétique pur devra donc absorber à la fois tout le sujet et tout l’objet. L’alouette pure de Shelley, avec son unbodied joy, est une somme de la joie du sujet et de la joie du monde.

 

Aucune âme poétique ne peut rester insensible à cette « unbodied joy » qui est bonheur d’un univers en expansion, d’un univers qui grandit en chantant.

 

Pourquoi une verticale du chant a-t-elle une si grande puissance sur l’âme humaine ? Comment peut-on en recueillir une si grande joie, une si grande espérance ? C’est, peut-être, parce que ce chant est à la fois vif et mystérieux.

Déjà, à quelques mètres du sol, l’alouette poudroie dans la lumière du soleil : son image vibre comme ses trilles ; on la voit se perdre dans la clarté. Pour formuler cette éclatante invisibilité ne pourrait-on pas accueillir dans la poétique les grandes synthèses du génie scientifique. On dirait alors : Dans l’espace poétique, l’alouette est un corpuscule invisible qu’accompagne une onde de joie.

Le poète Eichendorff reçoit cette onde de joie dans une aurore (loc. cit., p. 102) :

« Enfin, je vis dans le ciel de longues bandes rougeâtres aussi légères que la trace d’une haleine sur un miroir ; déjà une alouette chantait au plus haut des airs au-dessus de la vallée. Alors une grande clarté envahit mon âme à ce salut matinal, et toute crainte disparut. »

Et le philosophe, tout à sa fonction d’imprudence, proposerait une théorie ondulatoire de l’alouette. Il ferait comprendre que c’est la partie vibrante de notre être qui peut connaitre l’alouette ; on peut la décrire dynamiquement par un effort de l’imagination dynamique ; on ne peut pas la décrire formellement dans le règne de la perception des images visuelles.

Et la description dynamique de l’alouette est celle d’un monde en éveil qui chante par un de ses points. Mais vous perdrez votre temps à surprendre ce monde dans son origine, alors qu’il vit déjà dans son expansion. Vous perdrez votre temps à l’analyser, alors qu’il est synthèse pure de l’être et d’un devenir — d’un vol et d’un chant. Le monde qu’anime l’alouette est le plus indifférencié des univers. C’est le monde de la plaine, de la plaine d’octobre où le soleil levant est dissous tout entier dans la brume infinie. Un tel monde a une richesse en profondeur, en hauteur, en volume, sans ostentation. C’est pour un tel monde sans dessin que l’invisible alouette chante.

« Sa chanson gaie, légère, sans fatigue, qui n’a rien couté, semble la joie d’un invisible esprit qui voudrait consoler la terre » (Michelet, L’oiseau, p. 30).

En chantant l’espérance, l’alouette la crée. Pour Léonard de Vinci, elle est ainsi prophétesse et guérisseuse (Les Carnets de Léonard de Vinci, trad., t. II, p. 377) : « On dit de l’alouette que portée auprès d’un malade, s’il doit mourir, elle détourne les yeux… Mais si le malade est appelé à guérir, l’oiseau ne le quitte pas des yeux et grâce à lui le mal est ôté. »

 

Nous avons une si grande confiance dans la puissance de désignation de cette image littéraire pure constituée par l’alouette pure qu’il nous semble qu’un paysage aérien trouve une unité dynamique incontestable quand on peut le mettre sous le signe d’une alouette du ciel.

Voici, à titre d’exemple, une page de d’Annunzio où l’alouette ne paraît être d’abord qu’une métaphore, mais la page nous semble recevoir de cette métaphore même le signe aérien et ascensionnel [10] :

 

« Tout le ciel du soir retentit d’un chœur miraculeux d’alouettes…

C’était un cantique d’ailes, un hymne de plumes et de pennes, tel que n’en eut pas un plus vaste le Séraphique… C’était la symphonie vespérale de tout le printemps ailé…

(La symphonie) montait, montait sans pauses (comme monte et comme chante l’alouette). Et, peu à peu, sous le psaume sylvain, s’émut une musique faite de cris et d’accents, convertis en notes harmonieuses par je ne sais quelle vertu de la distance et de la poésie…

… Et les cloches sonnaient comme sur les montagnes bleues. »

De tous les bruits discordants d’une campagne agitée, naît par cette « conversion » opérée par l’alouette dans la paix du soir une unité sonore, un univers musical, un hymne montant. Une imagination aérienne sentira sans hésitation que c’est la montée qui décide de l’harmonie, et elle vivra sans peine l’unité à la fois esthétique et morale, la continuité de l’émotion esthétique et de l’émotion morale de cette page (loc. cit., p. 139) :

« Le psaume était sans fin. Tout paraissait monter, encore monter, toujours monter, dans le ravissement de ce chant. Le rythme de la Résurrection soulevait la terre. Je ne sentais plus mes genoux, et je n’occupais plus ma place étroite avec, ma personne ; mais j’étais une force ascendante et multiple, une substance renouvelée pour alimenter la divinité future… »

Même ivresse multiple dans La Ville morte, du même auteur :

« Toute la campagne est couverte de petites fleurs sauvages qui se meurent. Et le chant des alouettes emplit tout le ciel. Ah ! Quelle merveille ! Je n’avais jamais entendu un chant si impétueux. Des milliers d’alouettes, une multitude sans nombre… Elles partaient de tous les côtés, s’élançaient vers le ciel avec une véhémence de frondes, paraissaient folles, se perdaient dans la lumière et ne réapparaissaient plus, comme consumées par le chant ou dévorées par le soleil… Tout à coup, l’une d’elles est tombée aux pieds de mon cheval, pesante comme une pierre ; et elle est restée là, morte, foudroyée par son ivresse, pour avoir chanté avec trop de joie. »

Tous les poètes obéissent inconsciemment à cette unité de chant obtenu, dans un paysage littéraire, par le chant de l’alouette.

Dans son livre sur George Meredith, poète et romancier, Lucien Wolff écrit : « Le chant de l’alouette n’est plus la ferveur individuelle de l’oiseau, mais l’expression de tous les plaisirs, de tous les enthousiasmes du monde animal et du monde humain confondus. » Et il cite ces vers de Meredith (L’alouette qui se lève) : Le chant de l’alouette :

 

Il est les bois, les eaux, troupeaux bénins ;

Il est coteaux, famille des humains

Prés verdoyants, brunes terres stériles,

Songes de ceux qui peinent dans les villes.

Il chante la sève et la vie en fleur,

Et l’union du soleil et des pluies.

Il est la ronde des enfants, du semeur

La joie et le cri des berges fleuries

De primevères et de violettes.

 

Il semble qu’à l’appel de l’alouette, les bois, les eaux, les êtres humains, les troupeaux — et le sol même avec ses prés et ses coteaux — deviennent aériens, participent à la vie aérienne. Ils en reçoivent une sorte d’unité de chant. L’alouette pure est donc bien le signe d’une sublimation par excellence : « L’alouette émeut, dit encore Lucien Wolff, ce qu’il y a de plus pur en nous. »

Même pureté dans cette fin effilée, dans cette disparition et dans ce silence qui se posent à la limite du ciel. Soudain, on cesse d’entendre. L’univers vertical se tait comme une flèche qu’on ne relancera plus :

L’alouette en l’air est morte

Ne sachant comme l’on tombe [11].

 

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[1] G. Bachelard, L’air et les songes, Le livre de poche, Bibliio essais, p.85-116.

[2] O premiers pas vécus dans l’innocence ! J’étais le vent, la vague ; j’étais oiseau. Je ne m’arrêtais pas à moi même, et tout contact avec un monde extérieur ne m’enseignait point tant mes limites qu’il n’éveillait en moi de volupté. J’ai caressé les fruits, la peau des jeunes arbres, les cailloux lisses des rivages, le pelage des chiens , des chevaux, avant de caresser les femmes. Vers tout ce que Pan, Zeus ou Thétis me présentait de charmant, je bandais. ( A. Gide, Thésée, Ed Folio, p14.)

[3] Gaston Bachelard, L’air et les songes, Biblio essais, Livre de poche, p88

[4] Gaston Bachelard, L’air et les songes, Biblio essais, Livre de poche, p 93

[5] Oscar Wilde évoque également cet aspect :… « De temps en temps, glissant sur les rideaux de tussor des vastes baies de la fenêtre, les ombres fantastiques d’oiseaux en vol, produisaient une sorte d’effet japonais, fugitif, et Lord Henry pouvait songer à ces peintres de Tokyo, au visage de jade pâle, dont l’art forcément immobile tentait pourtant de traduire le mouvement et la vitesse. » Oscar Wilde, le portrait de Dorian Gray, Pocket Classique, p 21.

[6] Bachelard observe que l’alouette est une « image littéraire pure », son vol très haut, sa petite taille et sa vitesse l’empêchant d’être vue et de devenir une image picturale. Métaphore pure, l’alouette devient dès lors symbole de « transparence, de cri ».

[7] L’alouette des champs mâle a un chant complexe et unique, un chant de joie. Sa qualité, sa variété et sa longueur ont inspiré de nombreux artistes, fascinés par ses merveilleuses variations. Elle peut chanter quatre cent notes par seconde et une phrase peut durée cinq minutes sans une seule pause. Le chant est émis en vol. Lorsqu’elle chante au sol, le chant est plus calme et plus court. Alauda signifie « alouette » en latin. Pour les théologiens, le chant de l’alouette représente la joyeuse prière qui monte vers Dieu. L’alouette était un oiseau sacré pour les Gaulois Par sa façon de s’élever très rapidement dans le ciel, et de se laisser brusquement tomber, l’alouette symbolise l’évolution et l’involution de la Manifestation. Ses passages successifs de la Terre au Ciel et du Ciel à la Terre relient les deux pôles de l’existence : elle est comme une médiatrice

[8] (Cahiers de Poésie, « Le surréalisme encore et toujours », août 1943, p. 9.)

[9] E.Glissant, Une nouvelle région du monde, Paris, Gallimard. 2006,99.

[10] G. d’Annunzio, La contemplation de la Mort, trad. p. 136.

[11]          Supervielle, Gravitations, p. 198.

 

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